La damnatio memoriae à l’heure de Kevin Spacey

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Le dernier film de Ridley Scott, Tout l’argent du monde, a défrayé la chronique quand son réalisateur a décidé d’en effacer Kevin Spacey quelques semaines avant la sortie, à cause des accusations sexuelles portées contre lui. Des pratiques qui en rappellent d’autres au Moyen Âge…

Durant cette fin d’année 2017 et au début d’année 2018, les médias, les personnalités publiques et le public lui-même ont été amenés à réfléchir et à agir sur la visibilité de personnes accusées de crime. Certains responsables médiatiques ont pris la décision d’effacer purement et simplement l’image des personnes inculpées, à l’image de ces chaînes de télévision ont déprogrammé des émissions à la suite de différents scandales touchant leurs invités. À l’inverse, on a reproché aux Inrockuptibles d’avoir donné une publicité trop visible à Betrand Cantat, condamné pour le meurtre de sa compagne Marie Trintignant. Enfin, très récemment, le dernier Ridley Scott a vu Kevin Spacey, et accusé d’agressions sexuelles, remplacé à la dernière minute par Christopher Plummer. Cet exemple est particulièrement frappant et radical de la part du réalisateur. Il s’agit ni plus ni moins que d’effacer un nom d’un affiche, un visage de la pellicule, et de lui dénier le droit d’apparaître dans l’espace public en lui substituant un autre acteur.

On aurait tort de croire que ces pratiques datent de la société de consommation et du star-system. Au contraire, tout là-dedans rappelle des pratiques tout à fait médiévales !

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Joyeux anniversaire, cher macchabée

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Joyeux anniversaire… Et merci !

Actuel Moyen Âge fête ses deux ans cette semaine et ceci est le centième article ! On est les premiers surpris de cette longévité et on te remercie, lecteur·trice, car c’est grâce à toi qu’on a envie de continuer à écrire : ta curiosité renouvelée est notre plus beau cadeau. Pour l’occasion, retour sur cette fête si importante dans nos pratiques contemporaines : l’anniversaire.

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Et si le Christ avait été une fille ?

504px-Adorazione_del_Bambino_-_Beato_AngelicoIl est né, le divin enfant… On s’apprête à fêter Noël et avant de placer le bébé Jésus dans sa mangeoire, autant réfléchir à ce que cachent ses langes… !

 

C’est Noël, l’époque des sapins, des cadeaux, de la crèche – inventée au Moyen Âge ! Pour les chrétiens, c’est l’une des fêtes les plus importantes de l’année : on célèbre la naissance du Christ. Et pour les amateurs de théologie, c’est probablement l’un des évènements les plus riches de sens de cette religion : Dieu s’est fait homme. Mais homme comme dans humain ? Ou homme comme dans garçon ?

Certains théologiens médiévaux se sont posé la question : pourquoi le Christ n’aurait-il pas été une petite fille ? Avant même d’être féministe, cette question a d’abord été religieuse.

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Le confesseur et l’avortement

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Aujourd’hui, Actuel Moyen Âge a l’honneur de publier un article de Véronique Beaulande, maître de conférence HDR à l’université de Reims, spécialiste de l’histoire de la justice de l’Église au Moyen Âge. Le livre tiré de sa thèse de doctorat, Le malheur d’être exclu ? Excommunication, réconciliation et société à la fin du Moyen Âge (2006) a fait date dans l’étude de cette procédure d’exclusion de la communauté chrétienne. Dans l’article d’aujourd’hui, Véronique Beaulande aborde la question de l’avortement et du regard des théologiens sur cette pratique condamnée par l’Église… mais avec plus de subtilités qu’on ne le croit souvent.

La question de l’avortement agite régulièrement les sociétés occidentales contemporaines, y compris celles où il est dépénalisé / légalisé depuis un temps certain. On voit régulièrement des manifestations anti-IVG, les réseaux sociaux bruissent de ce qui se dit « pour » et « contre », les sites d’un « camp » ou de l’autre se répondent. L’argument principal anti-IVG reste la suppression d’une vie, d’un être humain « en devenir ». L’avortement relève, pour celles et ceux qui entendent qu’il reste ou redevienne un crime (au sens pénal du terme), de l’homicide. Les partisans de la légalisation de l’avortement traitent régulièrement de « moyenâgeux » cet argument, considérant comme une évidence que l’avortement est un crime au Moyen Âge, formellement interdit et passible des peines les plus terribles que le Moyen Âge a pu inventer – ce qui contribuerait par ailleurs à l’aliénation de la femme médiévale, sujet bien plus vaste que ce modeste texte.

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