Femmes de sciences

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La science, c’est féminin… même si les scientifiques sont souvent des hommes ! Et au Moyen Âge, quelle place pour les femmes de sciences ?

La sortie du film Les figures de l’ombre a mis sur le devant de la scène le rôle de femmes, noires qui plus est, dans le développement des programmes spatiaux de la NASA. Ces personnes subissaient alors un double handicap : noires, elles ne pouvaient pas accéder aux postes de responsabilité réservés aux blancs dans une Amérique ségréguée ; femmes, elles étaient considérées comme moins intelligentes, moins douées en science que les hommes.

Le Moyen Âge ne pensait pas l’aptitude aux sciences en termes de race : les savants arabes ont été abondamment utilisés par les universitaires, que ce soit pour comprendre Aristote, pour la médecine… Les femmes en revanche ont une place bien plus discrète dans le développement de la science. Les universités sont pendant longtemps réservées aux clercs, donc par définition fermées aux femmes. L’instruction de celles-ci se fait dans un cadre privé, même si elles sont bien plus nombreuses à savoir lire, écrire et compter qu’on ne l’a longtemps dit. Toujours est-il que ne gravissant pas les échelons universitaires, elles sont rares à acquérir des compétences pointues en philosophie, en rhétorique, en mathématiques, ou en théologie, qui est la science-reine du Moyen Âge.

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1473, les îles grecques face aux migrants

corfouMuslim ban, flux migratoires en Europe et réfugiés délogés à Paris… et si on se penchait sur une crise des migrants à Corfou… en 1473 ?

Les îles grecques, tout comme les côtes italiennes ou espagnoles, font partie des zones d’interface de la Méditerranée. Elles servent de passage aux flux des marchandises et des hommes, dans des conditions qui dépendent beaucoup de la situation politique et économique : on n’accueille pas les migrants de la même manière en période d’abondance et en période de crise.

Or à Corfou, en 1473, c’est la crise, et les habitants se plaignent :

« Des personnes étrangères sont venues dans cette ville et dans cette île (…) et habitent ici. Ils ont pris le nom de Corfiotes, et chaque jours ils commettent mille infractions (…) Qu’ils soient condamnés à des peines corporelles, et non à des amendes (…) afin que l’on sache bien que les fidèles Corfiotes originaires de ce lieu ne mènent pas une telle vie ».

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Être une bonne mère

nature_forging_a_babyArrêtons-nous sur les « mères cruelles » médiévales… sont-elles le reflet des « mauvaises mères » d’aujourd’hui ? un vrai enjeu de l’égalité des genres !

Avoir des enfants, ce n’est pas nouveau, n’est pas une affaire équilibrée entre hommes et femmes. Un homme sur neuf prend un congé parental, contre une femme sur deux ; et pourtant, la maternité se combine de plus en plus avec travail.

Plusieurs articles récents ont attiré l’attention sur le décalage entre une représentation idéale de la maternité et la réalité des choses. L’image de la mère parfaite et épanouie, jonglant sans peine entre les devoirs et les activités extra-scolaires, ses deux séances de yoga par semaine et les félicitations de ses patrons pour son investissement dans son entreprise, n’est pas seulement fausse, elle est aussi dangereuse. Prétendre que la maternité est un long fleuve tranquille, qu’il est simple, avec de la bonne volonté, de mener sa vie professionnelle avec des enfants tout en gardant un équilibre physique, mental et affectif, tout ceci est un mensonge qui ne sert qu’à faire culpabiliser les femmes qui rencontrent des difficultés au jour et le jour. L’image qu’on leur renvoie leur dit qu’elles ont tort de craquer, qu’elles devraient pouvoir tout mener de front ; le jugement des autres peut être tout à la fois hâtif et injuste envers ces « mauvaises mères ».

Comme tous les modèles, celui de la « bonne mère » est une construction historique. Alors que la maternité paraît l’une des choses les plus naturelles du monde, elle concentre en réalité toutes les représentations les plus profondes de la société sur les rôles des hommes et des femmes, sur la famille et les relations de pouvoir en son sein, sur les enfants et « la bonne manière » de les élever. Le Moyen Âge n’y fait pas exception et la figure maternelle peut également faire le grand écart entre la mère idéale et la mère indigne.

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Messire Marco Polo

1.jpgCette semaine, partons vers l’Asie avec Marco Polo, pour apprendre de nombreuses langues étrangères… et acquérir nos lettres de noblesse.

Aujourd’hui, parlons de l’un des personnages les plus célèbres de l’époque médiévale : Marco Polo. Pour celles et ceux qui n’auraient pas envie de s’avaler la notice Wikipédia, ou les dix heures nécessaires pour regarder la série du même nom, je résume à gros traits : jeune vénitien, Marco Polo voyage avec son père et son oncle jusqu’à la Chine de Kubilay Khan (un descendant de Gengis Khan). Il y passe plusieurs années, revient à Venise, raconte son histoire à un romancier croisé en prison. Ce dernier se dit alors qu’il tient le best-seller du siècle, et banco, ça donne le Devisement du Monde, l’un des plus gros succès de la littérature médiévale. C’est une très belle lecture, avec des monstres, des batailles, des aventures incroyables, franchement, il ne manque qu’un Mur de Glace géant.
Aujourd’hui, je vais me centrer sur un aspect précis du texte, et vous infliger une longue citation – désolé, mais vous remarquerez que j’ai pris la peine de traduire, alors on ne râle pas, sinon la prochaine fois, c’est en latin.

« Marco apprit si bien les coutumes des Tatares, et leur langage, et leurs écritures, et leur art militaire, que ce fut merveille. Car sachez en vérité : il sut en peu de temps plusieurs langages et quatre formes d’écritures. Pour cela dorénavant il fut appelé Messire Marco Polo. Et ainsi le nommera désormais notre livre, car c’est à bon droit. »

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