Messire Marco Polo

1.jpgCette semaine, partons vers l’Asie avec Marco Polo, pour apprendre de nombreuses langues étrangères… et acquérir nos lettres de noblesse.

Aujourd’hui, parlons de l’un des personnages les plus célèbres de l’époque médiévale : Marco Polo. Pour celles et ceux qui n’auraient pas envie de s’avaler la notice Wikipédia, ou les dix heures nécessaires pour regarder la série du même nom, je résume à gros traits : jeune vénitien, Marco Polo voyage avec son père et son oncle jusqu’à la Chine de Kubilay Khan (un descendant de Gengis Khan). Il y passe plusieurs années, revient à Venise, raconte son histoire à un romancier croisé en prison. Ce dernier se dit alors qu’il tient le best-seller du siècle, et banco, ça donne le Devisement du Monde, l’un des plus gros succès de la littérature médiévale. C’est une très belle lecture, avec des monstres, des batailles, des aventures incroyables, franchement, il ne manque qu’un Mur de Glace géant.
Aujourd’hui, je vais me centrer sur un aspect précis du texte, et vous infliger une longue citation – désolé, mais vous remarquerez que j’ai pris la peine de traduire, alors on ne râle pas, sinon la prochaine fois, c’est en latin.

« Marco apprit si bien les coutumes des Tatares, et leur langage, et leurs écritures, et leur art militaire, que ce fut merveille. Car sachez en vérité : il sut en peu de temps plusieurs langages et quatre formes d’écritures. Pour cela dorénavant il fut appelé Messire Marco Polo. Et ainsi le nommera désormais notre livre, car c’est à bon droit. »

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Fillon, le canard et le lion

boccaUn peu de contexte pour comprendre le Fillon-gate : les dénonciations dans la justice, au Moyen Âge et aujourd’hui… et si les lanceurs d’alerte étaient les héritiers des Vénitiens ?

Le candidat François Fillon est en mauvaise posture : il doit répondre ces jours-ci à des accusations assez sérieuses de détournement de fond, qui impliquent sa famille… mais risquent fort d’impliquer aussi sa campagne. Tout cela parce que le Canard enchaîné a lancé des dénonciations qui ont ouvert la boîte de Pandore.

Des dénonciations ? Au XXIe siècle ? Tout cela a un fort relent de justice médiévale… Et d’ailleurs François Fillon sait s’en servir à merveille, en se présentant comme une victime de la vindicte populaire, qui attaque son honneur d’homme public.

Pourtant, si on revient aux sources, on constate que les dénonciations n’ont pas été inventées pour faire la révolution, ni pour mettre la tête des nobles sur des piques. En fait, les dénonciations servent juste à maintenir la justice.

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Des sceaux au poil

Dagobert.jpgÀ l’occasion de la belle exposition au Musée de Cluny sur les Mérovingiens, pourquoi ne pas s’intéresser aux façons très… personnelles de signer chez ces rois chevelus ?

Signer des documents est un acte de la vie quotidienne qui s’est même considérablement facilité ces derniers temps. Ainsi, pour signer mon contrat de travail, le service des ressources humaines m’a envoyé le pdf que j’ai pu signer sur mon ordinateur avant de leur renvoyer. Rien de plus facile : à vrai dire, même quelqu’un d’autre que moi aurait pu le faire, ce qui pose quand même la question de la validité des signatures électroniques. Mais les signatures manuscrites sont-elles vraiment plus fiables ? Après tout, pour des documents où personne n’ira vérifier, rien n’est plus simple que de forger une fausse signature à base de trois traits et deux gribouillis…

Les choses étaient autrement plus compliquées pour les documents médiévaux. Un contrat passé entre deux personnes devait ainsi systématiquement être conclu devant témoin ; à partir du XIIIe siècle apparaissent des professionnels de validation de tels documents : ce sont les notaires. C’est le début des procédures administratives compliquées et de la mise par écrit d’innombrables actes du quotidien. Mais même avant cette époque les gens ne plaisantaient pas avec la validité d’un écrit, qui a toujours une valeur sacrée.

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Jacques Cœur et Emmanuel Macron, de la banque au pouvoir ?

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La mobilité sociale est-elle plus forte aujourd’hui qu’au Moyen Âge ? On vous propose de regarder d’un autre œil un certain candidat à la présidentielle…

Du Moyen Âge, on retient souvent sa société d’ordres, ses cortèges, ses corporations, tout ce que Tocqueville, un penseur politique du XIXe siècle, a pu appeler les « individualismes collectifs » opposant un vaste « Ancien Régime » à un monde quelque peu nouveau, selon lui, après 1789. Pourtant, la mobilité sociale existait bel et bien ! On pouvait toujours sortir ou entrer au sein de ces ordres, de ces hiérarchies bien ordonnées. La société médiévale était un assemblage de groupes, toujours organisés, mais souvent flous et ductiles. Les sources le montrent puisque les mots des greffiers, des notaires, ou des chroniqueurs révèlent d’infinies variations de statut qui attestent de l’extraordinaire richesse et complexité de la société médiévale. Hier, comme aujourd’hui, être un transfuge social, changer de groupe ou de catégorie sociale n’est pas chose aisée, ni chose bien vue. L’ascension de Jacques Cœur, représentant d’un groupe de manieurs d’argent, qui accède par des moyens économiques à un pouvoir politique inédit, dans un contexte de crise multiforme de la société, mérite d’être rappelée…

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Je jure devant Dieu

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Quelle place pour le serment dans nos sociétés contemporaines ? De l’empereur médiéval à Trump, petit voyage en terre de promesses…

Demain, le 20 janvier 2017, le nouveau président des États-Unis va officiellement prendre ses fonctions. Durant cet Inauguration Day, le président élu prête serment et est investi de la totalité de ses pouvoirs. Ce rituel bien huilé s’accomplit tout en fanfare puisque l’hymne national est interprété par un ou une star de la chanson au cours de célébrations qui durent pas moins de dix jours au total.

Mais, il faut bien l’avouer, le moment que tout le monde retient, que les caméras du monde entier enregistrent, c’est bien le serment : « I do solemnly swear… ».

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