Le confesseur et l’avortement

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Aujourd’hui, Actuel Moyen Âge a l’honneur de publier un article de Véronique Beaulande, maître de conférence HDR à l’université de Reims, spécialiste de l’histoire de la justice de l’Église au Moyen Âge. Le livre tiré de sa thèse de doctorat, Le malheur d’être exclu ? Excommunication, réconciliation et société à la fin du Moyen Âge (2006) a fait date dans l’étude de cette procédure d’exclusion de la communauté chrétienne. Dans l’article d’aujourd’hui, Véronique Beaulande aborde la question de l’avortement et du regard des théologiens sur cette pratique condamnée par l’Église… mais avec plus de subtilités qu’on ne le croit souvent.

La question de l’avortement agite régulièrement les sociétés occidentales contemporaines, y compris celles où il est dépénalisé / légalisé depuis un temps certain. On voit régulièrement des manifestations anti-IVG, les réseaux sociaux bruissent de ce qui se dit « pour » et « contre », les sites d’un « camp » ou de l’autre se répondent. L’argument principal anti-IVG reste la suppression d’une vie, d’un être humain « en devenir ». L’avortement relève, pour celles et ceux qui entendent qu’il reste ou redevienne un crime (au sens pénal du terme), de l’homicide. Les partisans de la légalisation de l’avortement traitent régulièrement de « moyenâgeux » cet argument, considérant comme une évidence que l’avortement est un crime au Moyen Âge, formellement interdit et passible des peines les plus terribles que le Moyen Âge a pu inventer – ce qui contribuerait par ailleurs à l’aliénation de la femme médiévale, sujet bien plus vaste que ce modeste texte.

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1257, « année sombre » : jusqu’où peuvent aller les catastrophes naturelles ?

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Le volcan Agung gronde en Indonésie… On pourrait penser que cela ne nous concerne pas, mais les catastrophes naturelles ont des effets parfois surprenants…

Harvey, Irma, Jose, Katia, Maria, Lee et Ophelia : depuis le mois de septembre, la liste des noms pour désigner les ouragans venus de l’Atlantique n’a cessé de grossir de manière alarmante. Le golfe du Mexique et l’archipel des Caraïbes ont été les principales zones touchées, mais pas les seules. En effet, l’ouragan Ophélia a pris une trajectoire inédite en remontant le long de la façade atlantique européenne, au large des côtes bretonnes, avant de frapper l’Irlande. Ses effets se sont faits ressentir jusqu’à Londres ou encore aux Pays-Bas et en Belgique, et de manière quelque peu inattendue, sous la forme d’un ciel rouge-orangé – phénomène inhabituel digne des grands chefs-d’œuvre de la science-fiction post-apocalyptique. Les habitants d’Estonie ont, pour leur part, eut la surprise de voir tomber une pluie de cendres noires. Mais on peut aussi redescendre vers le sud de l’Europe, où la Grèce a subi de plein fouet des inondations mortelles.

Ce sujet d’actualité brûlant, qui prend une place majeure dans le flot médiatique à côté des questions de politique et d’économie, ne concerne donc pas seulement une portion isolée de la planète. Il a touché des espaces géographiquement éloignés. On comprend alors que ce ne sont pas uniquement le commerce international ou les échanges d’e-mails qui relient les individus du monde entier à un même destin. Les catastrophes naturelles, se jouant des frontières, peuvent également prendre, aujourd’hui comme hier, une envergure mondiale : l’occasion de montrer comment, au Moyen Âge, la ville de Londres et l’île de Lombok en Indonésie furent peut-être plus connectées qu’on ne le croit au premier abord.

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Vendre des hommes

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Les images récemment tournées par CNN et vues dans le monde entier font froid dans le dos : des hommes vendus aux enchères. « Des jeunes gens forts, pour le travail de ferme » dit le vendeur, et les prix montent jusqu’à ce que la vie d’un homme, noir de peau, passe en d’autres mains.

Nouveaux hommes, pratiques anciennes

On connaissait déjà le trafic des passeurs, qui s’enrichissent sur la misère, le désespoir et les espoirs de ceux qui quittent leur domicile pour chercher une vie meilleure ailleurs. Par ces quelques secondes de capture vidéo, les journalistes ont pu vérifier ce que les ONG et les migrants une fois arrivés disaient déjà : certains migrants d’Afrique subsaharienne, qui espéraient atteindre l’Europe et dont le chemin s’est arrêté en Lybie en raison du durcissement des contrôles douaniers, sont réduits en esclavage et vendus.

La scène rappelle des pratiques que tout être raisonné ne peut que souhaiter révolues et que même l’historien, qui goûte pourtant peu l’exercice, ne peut qualifier que « d’un autre temps ». D’un autre temps en effet, car sans doute sans le savoir, ces sinistres marchands d’homme libyens ressuscitent des pratiques et des réseaux qui animaient les côtes méditerranéennes de l’Afrique il y a plusieurs siècles.

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Faire un livre au Moyen Âge

1À l’occasion de la parution de notre livre Actuel Moyen Âge, nous revenons sur la manière de faire un livre, entre aujourd’hui et l’époque médiévale !

La fabrication des livres entre le Moyen Âge et aujourd’hui a bien changé. Aujourd’hui, la chaîne de fabrication irait de la forêt amazonienne (pour le papier) à Amazon (pour la distribution). Le livre numérique sauve des arbres et atterrit sur nos tablettes et nos liseuses. Mais, au Moyen Âge, la chaîne du livre va plutôt du mouton des champs, pour le parchemin, ou des chiffons mis au rebus pour la fabrication du papier, jusqu’aux volumes finis, reliés et enluminés pour les plus riches d’entre eux, directement transmis au particulier qui en avait fait la commande.

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Weinstein et Gillette la Carrée, une trop vieille culture du viol

La voix des femmes sur le harcèlement sexuel se fait entendre. Cette culture du viol s’ancre dans une trop longue histoire… dont les femmes indépendantes ont été victimes, au Moyen Âge comme aujourd’hui.

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L’affaire Weinstein, #balancetonporc, #metoo… La sphère publique retentit du calvaire que vivent de nombreuses femmes dans leur milieu professionnel ou personnel.

La dénonciation a commencé par viser les violences sexuelles ou le harcèlement au travail, avant de toucher toutes les violences et tous les types de harcèlement sexuels que les femmes connaissent au cours de leur vie.

Par leur parole, de nombreuses femmes mettent en lumière le fait que parler d’une agression ou porter plainte est aujourd’hui encore souvent de peu d’effet. Seul 5% des cas de harcèlement au travail donnent lieu à une plainte, mais surtout 74% des actifs estiment qu’il est difficile d’identifier le harcèlement sexuel. Cette dernière statistique est particulièrement révélatrice : au cours de notre socialisation, nous avons tous à des degrés divers reçu le message que l’homme devait dominer la femme, que pour être viril, un homme doit nécessairement démontrer qu’il est capable de conquérir charnellement. De fait, nos sociétés ont tendance à porter un regard ironique ou complaisant envers les contraintes sexuelles, petites ou grandes, faites aux femmes. Des hommes en sont d’ailleurs parfois tout autant victimes.

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