Eric Zemmour et les croisades : fact-checking

Dans Destin français. Quand l’histoire se venge, son dernier ouvrage, sorti cet automne, Eric Zemmour parle abondamment de l’histoire de France. Si l’auteur prend soin de ne jamais se poser en historien, on ne l’entend pas moins affirmer dans un entretien au Point qu’il fait une « synthèse historique » et que « l’histoire n’appartient pas aux historiens ». Nous ne chercherons pas ici à disséquer la vision politique qui sous-tend son travail : d’autres le feront, et mieux que nous.

Nous nous contenterons de faire notre travail de médiévistes, donc de parler du chapitre qu’il consacre à la première croisade ; et notre travail d’historien.ne.s, qui est de nous concentrer sur les faits, la seule chose qui distingue un travail sérieux d’une compilation de fake news. Et pour la peine, en hommage au travail magnifique qu’ils font chaque jour, on emprunte leur visuel aux Décodeurs du Monde.

 

En parlant d’Urbain II, Éric Zemmour note  que « on n’apprend plus aux écoliers qu’il fut le premier à appeler à la croisade » (p. 64)

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Éric Zemmour reprend ici une idée reçue souvent avancée dans le débat public et dont l’un des plus illustres défenseurs est Dimitri Casali.

On ne parle pas de la première croisade à l’école primaire, en effet : mais on parle de Louis IX (saint Louis) en CM1, et le programme officiel précise qu’il faut l’aborder comme « un représentant de la chrétienté de son temps », notamment pour ce qui est de ses deux croisades. On imagine donc que les enseignant.e.s définissent, au moins rapidement, ce qu’est la croisade.

En 5ème, le programme d’histoire s’ouvre par un thème consacré à « Chrétientés et islam, VIe-XIIIe siècle : des mondes en contact ». Les croisades occupent une place fondamentale dans cette partie du programme.

Et enfin, en 2nde, le premier chapitre du programme d’histoire porte sur la vie religieuse dans l’Occident médiéval. La quasi-totalité des manuels (notamment le Nathan collection Le Quintrec et le Belin collection Colon, qui représentent à eux deux plus de 40 % du marché) consacrent une double-page à la première croisade, dans laquelle Urbain II est largement cité.

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La première croisade dans les manuels scolaires de 2nde (respectivement Nathan Le Quintrec, Nathan Cote et Hachette)

Bref, au cours de leur parcours scolaire, les « écoliers » ont eu au moins trois occasions d’apprendre qui était Urbain II : on est très loin d’une damnatio memoriae.

 

« Selon le mot du grand historien René Grousset, spécialiste reconnu des croisades… » (p. 68)

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René Grousset est, sans aucun doute, un spécialiste reconnu des croisades, et plus encore un grand historien. Éric Zemmour « omet » simplement de rappeler qu’il écrivait… dans les années 1930. Or, depuis, on dispose de très nombreuses nouvelles sources que Grousset n’avait pas : de nouvelles chroniques, notamment arabes, des recherches archéologiques, etc. Surtout, depuis, il y a eu de nombreux autres historiens qui se sont penchés sur les croisades : Joshua Prawer, Jean Flori, Jonathan Riley-Smith, Claude Cahen, pour ne mentionner que quelques défunts… Leurs travaux ont considérablement amendé et corrigé les vues de René Grousset.

En effet, celui-ci était très influencé par l’utopie coloniale de son époque. Son Histoire des Croisades et du Royaume Franc de Jérusalem sort en 1934, quelques années seulement après la grande Exposition Coloniale de 1931. Il cherche en réalité à faire des croisades le reflet idéalisé de la colonisation française du Liban et du Maghreb. Il insistait donc avant tout sur la bonne administration des Latins, sur les exemples de contacts apaisés entre Latins et musulmans, quitte à laisser de côté certaines sources. Bref, il s’agit d’une vision historique extrêmement orientée politiquement.

En outre René Grousset développe, au fil de son œuvre, une vision extrêmement pessimiste de l’histoire : il parle déjà d’invasion venue de l’Asie, menaçant la civilisation européenne – sauf qu’à l’époque il pense davantage au Japon et à la Chine, pas réellement au monde musulman…

 

« La vague islamique déferle… Les Turcs seldjoukides […] se sont jetés aussitôt sur l’empire byzantin […] Urbain II sait la suite, car il connaît le passé des invasions musulmanes » (p. 67)

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Carte - Le Proche-Orient en 1095

C’est le leitmotiv du chapitre : les Seljoukides menacent l’Europe, qui n’est sauvée que par la première croisade. Là encore, il s’agit d’une affirmation au minimum réductrice. Certes, les Seljoukides, une dynastie turque, relancent dans les années 1055-1075 une vague de conquêtes territoriales dont la manifestation la plus spectaculaire est la victoire de Manzikert, en 1071. Mais, en 1095, au moment où Urbain II appelle à la croisade, la dynastie seljoukide, à la mort du grand sultan Malik Shah, s’est déjà elle-même morcelée en plusieurs branches rivales, ce qui met un terme à ces entreprises conquérantes.

À l’échelle de l’ensemble du monde musulman, il faut rappeler que l’islam est alors extrêmement divisé, en plusieurs califats rivaux qui s’opposent souvent plus violemment les uns aux autres qu’ils ne s’opposent aux pouvoirs chrétiens. Ajoutons en outre que le jihad n’est pas du tout à l’ordre du jour à l’époque : au contraire, ce sont les croisades qui réactiveront, en Orient, un discours du jihad. Il est donc extrêmement fallacieux de parler de vague islamique, comme si l’islam formait un océan uni prêt à déferler sur l’Europe. Au moment où la première croisade atteint son objectif, les musulmans sont au contraire politiquement divisés et très surpris par l’irruption d’armées venant de l’autre bout du monde.

« La culture grecque, c’est l’Europe » (p. 67)

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ConquestOfConstantinopleByTheCrusadersIn1204
Prise de Constantinople en 1204

Deux contre-vérités dans une simple phrase. D’abord, cette « Europe » autour de laquelle Éric Zemmour construit tout son propos n’existe pas à l’époque : en particulier, le monde byzantin, de culture grecque, et le monde latin sont déjà largement distincts, voire opposés. À cet égard, il est très significatif de voir qu’Éric Zemmour gomme totalement la quatrième croisade (1204). Au cours de celle-ci, les croisés occidentaux finissent par prendre et par piller la ville de Constantinople elle-même.

À ce moment il existe de vraies tensions au sein de la Chrétienté et les Grecs sont perçus très négativement par les Latins, devenant l’incarnation de la perfidie, de la couardise et de l’avarice. Les Grecs, quant à eux, considèrent les Latins comme des envahisseurs dangereux, voire comme des barbares : la chronique d’Anne Comnène, fille de l’empereur Alexis Comnène, souligne bien que Grecs et Latins ne partagent pas la même culture.

De fait, l’Europe n’émerge véritablement comme concept que dans la pensée des humanistes au XVe siècle, qui, inquiets de la montée de l’Empire ottoman, vont opposer l’Europe chrétienne à l’Asie musulmane.

Deuxième erreur : l’assimilation entre culture grecque et l’Europe. En effet cette culture grecque – il faudrait d’ailleurs plutôt parler de culture gréco-romaine – a également été reçue par le monde musulman. C’est d’ailleurs, dans la quasi-totalité des cas, via des textes arabes que l’Occident latin va redécouvrir le corpus grec (les textes médicaux, scientifiques ou philosophiques, notamment Aristote).

L’affirmation d’Éric Zemmour ne sort pas de nulle part. Il semble en effet reprendre la vision avancée en 2008 par Sylvain Gouguenheim, qui provoqua à l’époque une très vive réaction du monde universitaire européen. En plus de sa vision politiquement orientée, l’auteur fut accusé d’avoir manipulé, voire inventé des sources pour soutenir ses idées.

 

« Depuis des siècles, l’Église s’est pourtant attachée à contenir les pulsions belliqueuses des seigneurs […] multipliant les « paix de Dieu » […] et autres « trêves de Dieu » » (p. 65)

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Affirmation maladroite pour le moins : la Paix de Dieu n’a été lancée que lors du Concile de Charroux, en 989. Au moment de la première croisade, ça fait donc 106 ans qu’elle existe, et pas « depuis des siècles ». En outre, à la suite notamment de Dominique Barthélemy, la tendance actuelle de la recherche historique est de relativiser l’impact de la paix de Dieu, pour souligner que la violence féodale était déjà extrêmement régulée et normalisée et que, dans une certaine mesure, diverses institutions ecclésiastiques ont pu au contraire exacerber les violences locales.

 

« La croisade est une immense victoire. Une victoire française. Le salut de l’Europe chrétienne est venu de France » (p. 68)

« Godefroy de Bouillon était (pratiquement) français » (p. 71)

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Éric Zemmour confond volontairement le terme de Francs, qui désigne les croisés, et celui de Français. Il suffit d’en revenir aux sources, qui affirment clairement le caractère plurinational des troupes de la première croisade : le chroniqueur Foucher de Chartres, qui a participé à la croisade, parle ainsi d’« une multitude infinie parlant des langues différentes, et venue de pays divers ».

Il mentionne notamment des Français, mais aussi des Italiens, des Anglais, des Bretons, des Lorrains, des Normands, des Teutons, des Gascons, des Espagnols, des Bourguignons, des Provençaux,… Or tous ces peuples ne sont pas français et ne se définissent pas comme français : si certains finiront par le devenir (comme les Provençaux ou les Bretons), ce n’est que bien des siècles plus tard et il est donc extrêmement fallacieux de coller sur le XIe siècle des identités qui n’existent pas à l’époque. Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lotharingie, n’est « français » ni par la langue qu’il parle, ni par ses fidélités politiques (puisqu’il est vassal de l’empereur du Saint-Empire romain germanique).

Ce qui est fascinant, c’est que cette confiscation de la croisade par les Français et pour les Français commence dès l’époque médiévale. Un pèlerin allemand (Jean de Würzburg) note en effet vers 1170 que les Français ont, à Jérusalem, changé l’épitaphe de la tombe d’un croisé de la première heure, un Allemand bien connu, pour en faire un Français : avec colère, il rappelle que cette croisade a été faite par bien des peuples et que Godefroy de Bouillon et Baudouin, les deux premiers souverains de Jérusalem, étaient des « Franconiens » et pas des « Francs ».

Au XIXe siècle, une violente querelle opposa de même érudits français et belges, les deux cherchant à s’approprier la figure prestigieuse de Godefroy de Bouillon, dans un contexte de construction des identités nationales.

Éric Zemmour apparaît donc comme l’héritier de cette longue volonté de confisquer la gloire de la croisade, quitte à réécrire une épitaphe ou à fausser l’histoire.

 

« La croisade aura duré moins de deux siècles » (p. 68)

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Il est faux de parler de « la croisade », comme s’il s’agissait d’un mouvement unique. Durant toute la période médiévale, le pape lance des croisades en direction de la Terre sainte bien sûr, mais aussi de l’Espagne, de l’espace balte (croisades des Chevaliers Teutoniques), contre les Albigeois (les cathares) dans le Languedoc ou encore contre un ennemi politique en Occident… Il n’y a donc pas qu’une seule croisade.

En outre, Éric Zemmour confond (là aussi, volontairement) les États latins d’Orient et les croisades. Les premiers disparaissent en 1291, avec la prise d’Acre par les Mamelouks : notons cependant que le royaume de Chypre dure jusqu’en 1489. Par contre, les croisades, au sens strict de pèlerinage armé sanctionné par la papauté romaine, durent bien plus longtemps : des bulles de croisade sont promulguées en 1478, 1479, 1481, 1482, 1485, 1494, 1503 et 1505, pour soutenir la Reconquista espagnole ; puis très souvent au XVIe siècle contre l’Empire ottoman. L’esprit de croisade est très fort aux XVe-XVIe siècle et il joue un rôle clé dans le processus des « Grandes Découvertes » : c’est en pensant à la reprise de Jérusalem que Christophe Colomb part vers l’ouest. Et ce n’est qu’en 1847 que la papauté reconnaît officiellement que l’argent levé pour la croisade sera désormais utilisé pour l’entretien des églises, et non pour faire la guerre aux infidèles.

 

« Le pape Urbain II avait reçu la visite d’un Picard qu’on nommait Coucou Piètre, ou Pierre l’Hermite » (p. 65)

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Le surnom « Coucou Piètre » atteste d’une mauvaise lecture des sources : il est attesté chez la princesse byzantine Anne Comnène, sous la forme Κουκουπετρος, qui ne veut pas dire « Coucou Piètre », mais simplement « Pierre à la coule », autrement dit « Pierre au capuchon« … c’est à dire au fond Pierre le Moine. La forme « Coucou Piètre » se trouve chez plusieurs historiens du XIXe siècle, notamment chez Jules Michelet, que d’ailleurs Éric Zemmour cite juste après. Avec tout le respect dû à ce grand écrivain du XIXe siècle, il faut préciser que ce n’est pas une source de l’époque des événements (ce qu’on appelle une source primaire), mais un romancier qui écrit des siècles plus tard. Les historien.ne.s contemporain.e.s n’ont pas repris ce surnom que l’on ne trouvera jamais dans un bon livre d’histoire sur les croisades.

Pierre l’Ermite, en tout cas, a bien existé et il a joué un rôle fondamental durant toute la première croisade, même si sa visite à Urbain II n’est absolument pas attestée. Dans un bel article sur le sujet, Jean Flori note très clairement que la grande majorité des sources dont on dispose ne font de Pierre l’Ermite que le chef d’un des premiers contingents de la croisade. Il a probablement été un prédicateur très populaire, prétendant avoir reçu une vision divine ; mais il apparaît historiquement très peu probable qu’il soit à l’origine de la première croisade.

 

« On ne peut juger du bien-fondé des croisades qu’à la lueur de la chute de Constantinople devant les troupes turques en 1453 » (p. 69)

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Un.e historien.ne n’a pas à « juger du bien-fondé » de quoi que ce soit : son rôle n’est pas de distribuer bons et mauvais points ni de siéger dans une sorte de tribunal de l’histoire…

Plus grave encore, la méthode que propose Éric Zemmour s’appelle une approche téléologique : cela consiste à voir un événement en fonction de ce qui s’est passé après lui. C’est l’un des gros biais qui guettent toujours l’historien.ne, puisqu’évidemment, quand on raconte l’histoire, on en connaît la fin : on a donc toujours tendance, parfois inconsciemment, à considérer que les événements devaient forcément déboucher sur cette fin-là. Or un événement a des causes, puis des conséquences, dans cet ordre, et on ne peut pas lire un événement à partir de ses conséquences (ou, en tout cas, pas seulement).

Écrire que la première croisade ne se comprend que par rapport à la chute de Constantinople en 1453 peut sembler fondé : en réalité, c’est tout aussi absurde que si on écrivait « la politique fiscale du cardinal de Richelieu est entièrement justifiée par le krach boursier de 2008 ».

 

« L’affaiblissement de l’esprit de croisade ne fut pas une marque de progrès moral mais une preuve de décadence » (p. 70)

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Aux dernières nouvelles, la « décadence » n’est pas un outil d’analyse historique, mais un pur fantasme pseudo-historique, qui cache en réalité un jugement d’ordre moral. Il est donc faux de présenter cette affirmation comme une vérité générale : il faudrait écrire : « à mes yeux, l’affaiblissement de l’esprit de croisade est une décadence… ».

 

« Pour fonder et justifier leurs attaques meurtrières sur le sol français en 2015, les propagandistes du Califat islamique sonnèrent l’heure de la revanche contre les « croisés ». Cette appellation fit sourire nos esprits laïcisés et incrédules. Nous avions tort. Cette histoire longue est encore très vivante en terre d’Islam, alors que notre présentisme consumériste et culpabilisateur a tout effacé de nos mémoires » (p. 71)

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Contrairement à ce qu’écrit Éric Zemmour, on trouve bel et bien un discours de la croisade appliqué au monde contemporain en Occident : le 16 septembre 2001, George W. Bush parlait ainsi de la « croisade » contre le terrorisme. Le mot provoqua alors un tollé de protestations, notamment venu du monde musulman, et le président américain tenta de s’en excuser et de rattraper sa bourde. On aurait également pu citer le « bon mot » du général Gouraud, devant la tombe de Saladin à Damas en 1920 : « nous voilà de retour, monsieur le sultan ! » (probablement apocryphe, mais révélateur). En plus proche de nous encore, comment oublier qu’Anders Breivik, juste avant de tuer 77 personnes se présentait comme un Templier et un croisé… ?

Bref, il n’y a donc pas d’oubli occidental : le vocabulaire de la croisade n’a jamais véritablement déserté les imaginaires contemporains, en Orient comme en Occident. Depuis la période médiévale, il a sans cesse été reconvoqué, réutilisé, remobilisé, et gageons qu’il le sera encore pendant très longtemps.

 

Ce fact-checking a été conçu et écrit par Florian Besson et Simon Hasdenteufel, spécialistes des États latins en Orient.
L’ensemble d’Actuel Moyen Âge est solidaire de cet article.

Pour en savoir plus :

 

NB : la photo d’Eric Zemmour mise en une a été prise au Salon du Livre en 2012 par Thesupermat qui l’a mise à disposition sur Wikimedia. Merci à lui.

NB 2 : le dernier paragraphe est légèrement modifié le 28 septembre à 15h40, plusieurs lecteurs.trices nous ayant très justement fait remarquer que la tournure précédente (qui disait « c’est d’Occident qu’est venu un discours de la croisade ») était maladroite, voire fautive. Merci à eux/à elles.

NB 3 : le paragraphe sur Pierre l’Ermite est modifié le 2 octobre à 8 pour inclure une précision sur Anne Comnène.

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45 réflexions sur “Eric Zemmour et les croisades : fact-checking

  1. Très intéressant, et grâce à vous je comprends enfin le mot « téléologique », qui est très clairement exemplifié.
    Je m’interroge sur l’ultime point : le rapport de Daech à l’imaginaire des croisades. Il me semble difficile d’en juger car notre vision de Daech est issue de ce que la communication de Daech nous destine à nous. Les jeunes gens qui partent en Syrie viennent de chez nous, et au fond, peut-être importent-t-ils au Moyen-Orient un imaginaire du rapport Orient-Occident où les croisades restent centrales, tandis que ce n’est pas nécessairement une obsession des pays à majorité musulmane. Je me pose la question mais je n’en ai aucune idée.

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  2. Merci pour les soutiens !

    @Jean-noël Lafargue (@Jean_no) : c’est une remarque intéressante, mais je pense qu’il y a bien un imaginaire spécifiquement oriental des croisades, qui n’est pas (ou pas uniquement) explicable par l’arrivée de jeunes occidentaux.les. Dès 1963, un historien musulman, Said Ashur, écrit un livre très influent dans le monde musulman qui compare les croisades aux conflits contemporains entre monde arabe et monde occidental…

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  3. Sur le dernier point je ne vois pas en quoi Zemmour a tort. Ce n’est pas parce que Bush a utilisé ce terme dans un de ses discours (de manière très maladroite il faut le dire) que Zemmour a tort. En plus, Bush n’a jamais pensé le terme croisade comme une lutte civilisationnelle entre l’Orient et l’Occident (la preuve en est qu’il a toujours été un soutien indéfectible de certaines monarchies du Golfe. Je pense plus précisément à l’Arabie saoudite).
    Et oui clairement, il existe une exaltation de la civilisation musulmane médiévale qui est très présente dans les milieux islamistes (et par islamistes j’entends pas seulement les terroristes). C’est ce qui les pousse à utiliser le terme croisés pour désigner les occidentaux.
    Il y a une obsession pour les croisades chez les islamistes qui n’existe pas en Occident. (C’est vrai que c’est rien comparé à leur obsession qu’ils ont pour les « sionistes »)
    L’extrême droite francaise est surtout obsédé par Charles Martel et non par les croisades.

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    1. À connaître un peu le monde musulman, je n’ai presque jamais entendu un musulman (ou un islamiste comme vous dites) parler des croisades ni de croisés sauf pour évoquer les cours d’histoire ou un film qui en parle (ah oui et dans le service marketing de Daech). D’ailleurs, les plus honnêtes affirment sans hésitation qu’un envahissement étranger n’est possible qu’à cause de la décadence et l’injustice interne en plus de la collaboration des hypocrites (comprendre les vendus).
      Par contre, la colonisation du 19 et 20ème siècle des pays concidérés sans civilisation, le conflit israelo-palestinien et l’ingérence répétée de certains pays occidentaux dans quelques pays musulmans est d’actualité, donc c’est tout à fait normal de l’évoquer dans les discussions avec les musulmans (et pour la colonisation, ils n’y voient pas toujours que du mal, ils y sont même parfois nostalgiques…)

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  4. @arnaudaron : on aurait du citer tout le passage d’Eric Zemmour, vous auriez tout de suite vu. En effet il y a, comme vous le dites très bien, une obsession de la croisade chez les islamistes, qui imprègne notamment tout le discours de Daesh.

    Mais E. Zemmour écrit en gros que « nous [= les Occidentaux de race blanche et de culture chrétienne] avons totalement oublié la croisade », et il pointe du doigt, dans un amalgame des plus confus, un « présentisme consumériste et culpabilisateur ». On citait Bush pour souligner que les Occidentaux n’avaient pas du tout oublié la croisade, ni hésité à s’en servir dans un contexte polémique, tout comme Daech (= je ne compare PAS Bush à Daech évidemment).

    On aurait également pu citer Anders Breivik, qui se présente comme un croisé et un Templier…
    (vous me direz « ok mais ce n’est pas l’extrême droite francaise » : ca reste quand même révélateur et souligne bien qu’il n’y a pas « d’amnésie » en Occident)

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  5. Hum… Je trouve tout de même particulièrement ironique que vous mentionniez une vision qui serait prétendument idéologique de l’Histoire, lorsque précisément tout votre article déploie une idéologie, attestée par les sources mêmes que vous mettez en référence (comme si, qui plus est, des sources arabes seraient plus neutres ; lorsqu’on connaît le niveau de recherche universitaire de cette partie du monde, cela laisse songeur !).
    Transparence ou naïveté, mais néanmoins révélatrice de cette propension contemporaine à croire que sa vision serait neutre lorsqu’elle est elle-même le résultat d’un prisme déformant.

    J’en veux pour preuve votre remarque s’inscrivant en faux contre la position d’Éric Zemmour considérant l’Europe comme le produit de la culture grecque.
    On notera en premier lieu que postuler que le monde musulman aurait reçu aussi la culture grecque ne change rien à la proposition d’Éric Zemmour. Les deux ne sont pas mutuellement exclusifs.
    Quelle est la part de la langue grecque dans l’arabe, par ailleurs ? Vous semblez, en outre, résumer le monde musulman à deux, trois penseurs, qui effectivement ont traduit Aristote.
    Alors même que Zemmour mentionne lui des logiques collectives et sociétales, c’est l’idée même de culture.
    Dire que le monde musulman (arabo-musulman, je présume, selon vous) serait de culture grecque est la chose la plus absurde qu’il m’ait été donnée de lire ! Du révisionnisme à l’état pur !

    Par ailleurs, la thèse de Sylvain Gouguenheim est évidemment contestable, comme toute thèse en Histoire ou dans d’autres disciplines, mais a été tout de même saluée par nombre de médiévistes, et pas des moindres, même lorsqu’ils n’étaient pas en accord complet avec celle-là, comme Rémi Brague, Jacques Le Goff, ou Serafín Fanjul.
    De plus, le propos de Gouguenheim n’est absolument pas celui de Zemmour. Ils parlent de deux choses différentes. Remarquons que l’affirmation de la redécouverte des textes grecs par les Occidentaux via les Arabes ne tient guère la route, mais ce serait bien trop long à développer ici.
    Affirmer également que la notion d’Europe fut postérieure au Moyen-Âge ne change rien à l’affaire non plus : bien souvent, la chose précède le mot concernant le réel.
    Tout comme c’est aller vite en besogne de faire une opposition entre le monde latin occidental et le monde oriental byzantin, héritier de la Grèce. Je vous rappelle que l’Empire byzantin est l’Empire romain d’Orient, et que le droit byzantin, comme les structures de l’Empire, étaient calqués sur Rome.
    Je vous accorde, toutefois, que l’Europe c’est la civilisation gréco-romaine, de tradition religieuse chrétienne faudrait-il rajouter pour être plus précis au vu de l’impact de cette dernière.

    Beaucoup de vos reproches à Éric Zemmour consistent à critiquer le fait qu’il prenne un parti (comme si vous n’en preniez pas…) alors que cela ne serait pas le propre de l’historien, alors même que par ailleurs vous notez qu’il ne se considère pas historien. Il faudrait savoir…

    Enfin, détail, mais cependant symptomatique tout de même : votre choix de l’écriture dite inclusive, malgré les critiques véhémentes de l’Académie française à ce sujet et tous les linguistes qui ont démontré l’absurdité linguistique d’un tel choix, est si révélateur de l’aspect idéologique de votre démarche !

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  6. @sebastiendecrevecoeur
    Cette réponse est, sans aucun doute, inutile : vous n’écrivez pas pour être convaincu, ni même pour apprendre. Après 30h à répondre à des dizaines de rageux plus ou moins trolleux, on est un peu fatigués… mais on continue quand même.

    Alors, reprenons dans l’ordre (ca va être long, mais il faut l’être)

    « Hum… Je trouve tout de même particulièrement ironique que vous mentionniez une vision qui serait prétendument idéologique de l’Histoire, lorsque précisément tout votre article déploie une idéologie, attestée par les sources mêmes que vous mettez en référence (comme si, qui plus est, des sources arabes seraient plus neutres ; lorsqu’on connaît le niveau de recherche universitaire de cette partie du monde, cela laisse songeur !) ».
    => on n’a jamais reproché à E. Zemmour de proposer une vision idéologique de l’histoire : c’est son droit ! Ce qu’on lui reproche, tout simplement, c’est d’appuyer cette vision sur des erreurs. Vous ne nous croirez pas, mais c’est pas grave : si demain un auteur qu’on aime, de gauche, sortait un livre défendant l’accueil des migrant.e.s (une cause qui nous tient à cœur) en manipulant les sources et en déformant l’histoire médiévale, on ferait exactement le même boulot qu’on fait pour le livre d’Eric Zemmour.
    Concernant votre remarque sur les sources : au-delà d’un bon brin d’islamophobie et de racisme culturel, cette remarque est simplement étrange. C’est bien toute la différence entre ce que fait E. Zemmour et nous : lui ne s’appuie sur rien d’autre qu’un historien de 1934, alors que je peux vous citer littéralement des dizaines de sources primaires, et des centaines d’articles/de livres de recherche, venant à l’appui de ce qu’on dit.

    « On notera en premier lieu que postuler que le monde musulman aurait reçu aussi la culture grecque ne change rien à la proposition d’Éric Zemmour. Les deux ne sont pas mutuellement exclusifs. »
    => chez E. Zemmour, si, clairement… Soyons au moins honnête : il n’écrit pas « l’Europe, c’est la culture grecque » (ce qui serait faux mais pourrait au moins se discuter) mais « la culture grecque, c’est l’Europe », ce qui revient à réserver à cette seule « Europe », jamais définie chez lui, le monopole absolu de cette « culture grecque » (qui n’est pas non plus définie). Ce qui est faux.

    « Quelle est la part de la langue grecque dans l’arabe, par ailleurs ? »
    => quel rapport ? Un legs culturel ne se mesure que par le nombre de mots qu’il laisse dans une langue ?

    « Vous semblez, en outre, résumer le monde musulman à deux, trois penseurs, qui effectivement ont traduit Aristote. Alors même que Zemmour mentionne lui des logiques collectives et sociétales, c’est l’idée même de culture. Dire que le monde musulman (arabo-musulman, je présume, selon vous) serait de culture grecque est la chose la plus absurde qu’il m’ait été donnée de lire ! Du révisionnisme à l’état pur ! »
    => Avec l’accusation de révisionnisme, on frôle le point Godwin, mais continuons…
    On n’a pas dit que le monde musulman était « de culture grecque » (il va falloir apprendre à lire les mots pour ce qu’ils disent). On a dit que c’était via des textes arabes, ou judéo-arabes, que l’Occident latin redécouvrait la culture grecque. Ce n’est pas une idée, une opinion, une idéologie : c’est un fait, qu’on peut donc prouver, sources à l’appui.
    En outre on ne résume pas à deux trois penseurs : c’est trop facile de citer Avicenne et Averroès… Là, on parle de centaines d’auteurs et traducteurs, qui, pendant quatre siècles, s’emploient méthodiquement à traduire du grec vers l’arabe des centaines de textes médicaux, scientifiques, pharmaceutiques, philosophiques.
    Et, avant que vous ne le disiez : oui, on sait pertinemment qu’un grand nombre de ces traducteur sont des chrétiens d’Orient (notamment des nestoriens), pas des musulmans. Mais là aussi, c’est l’un des biais de la vision d’Eric Zemmour : son « monde musulman », menaçant et agressif, est pensé comme un bloc. Au moment des croisades, les chrétiens d’Orient sont majoritaires en Anatolie, au Proche-Orient, en Egypte.

    « Par ailleurs, la thèse de Sylvain Gouguenheim est évidemment contestable, comme toute thèse en Histoire ou dans d’autres disciplines, mais a été tout de même saluée par nombre de médiévistes, et pas des moindres, même lorsqu’ils n’étaient pas en accord complet avec celle-là, comme Rémi Brague, Jacques Le Goff, ou Serafín Fanjul. »
    => Alors là, non, juste non. Le Goff avait pris la défense de Gouguenheim pour lui éviter des attaques ad hominem, qui ne sont jamais pertinentes (vous avez remarqué qu’on n’a pas dit « E. Zemmour est un… », simplement qu’il a tort). La thèse de Sylvain Gouguenheim n’est pas seulement « contestable » : elle a été méthodiquement démolie, point par point, par l’ensemble des spécialistes de la question, dans quinze pays différents.
    Je vous rappelle en outre que la susdite thèse reposait sur des manipulations de sources, voire de pure et simple forgeries. Citer S. Gouguenheim à l’appui de ce que dit E. Zemmour revient donc à citer un mensonge pour soutenir un mensonge…

    De plus, le propos de Gouguenheim n’est absolument pas celui de Zemmour. Ils parlent de deux choses différentes. Remarquons que l’affirmation de la redécouverte des textes grecs par les Occidentaux via les Arabes ne tient guère la route, mais ce serait bien trop long à développer ici.
    => Ce serait surtout absolument impossible, du moins en se basant sur les sources. Encore une fois, ce n’est pas là une idée, une opinion : c’est un fait, qui fait totalement consensus dans la communauté historique.

    Affirmer également que la notion d’Europe fut postérieure au Moyen-Âge ne change rien à l’affaire non plus : bien souvent, la chose précède le mot concernant le réel.
    => Certes. Et heureusement qu’on peut utiliser des mots avant leur date d’apparition : sinon, par définition, un livre d’histoire médiévale devrait être écrit en latin ou en ancien français… Je plaisante évidemment.
    Plus sérieusement, ce qui est problématique c’est précisément qu’E. Zemmour essentialise la notion d’Europe, comme si elle avait toujours existé, et toujours eu ce sens culturel qu’on lui donne ajd. En 1095, Urbain II ne parle pas d’Europe, il n’a pas ce mot en tête. Les sources de la première croisade (on parle de milliers de pages) n’emploient le terme que dans un sens géographique. Bref, les croisés ne se pensent pas comme des Européens opposés à l’Asie musulmane…
    Je me retrouve sur la défensive, alors qu’il faudrait inverser les rôles : prouvez-moi, sources à l’appui, qu’un croisé se définit lui-même comme un européen !

    « Tout comme c’est aller vite en besogne de faire une opposition entre le monde latin occidental et le monde oriental byzantin, héritier de la Grèce. Je vous rappelle que l’Empire byzantin est l’Empire romain d’Orient, et que le droit byzantin, comme les structures de l’Empire, étaient calqués sur Rome. »
    => Lisez les sources… Par exemple la très belle chronique d’Anne Comnène. On sent bien à quel point les Occidentaux sont, à ses yeux de princesse byzantine, des barbares, venus d’un autre monde. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a pas de points communs : il y en a même énormément, dans le droit, la religion, etc. Mais ne parler que de ces points communs, pour fondre les deux mondes dans une « Europe » anachronique, en oubliant de parler des nombreuses différences, et en particulier en « oubliant » la quatrième croisade, n’est pas tout simplement pas correct.

    « Beaucoup de vos reproches à Éric Zemmour consistent à critiquer le fait qu’il prenne un parti (comme si vous n’en preniez pas…) alors que cela ne serait pas le propre de l’historien, alors même que par ailleurs vous notez qu’il ne se considère pas historien. Il faudrait savoir… »
    => Mais non, précisément, on n’a pas une seule fois critiqué le parti que prend Éric Zemmour ! On n’a pas écrit qu’il proposait une histoire islamophobe, raciste, homophobe, masculiniste, nationaliste, etc. Tout ça ce serait de l’interprétation de notre part ! Il a entièrement le droit de prendre un parti, ses idées sont les siennes, heureusement qu’il peut en parler et les défendre. On ne lui fait donc pas du tout un procès en objectivité et je vous mets au défi de trouver une phrase de notre part qui lui reproche de « prendre un parti ».
    On a simplement dit qu’il ne savait pas faire de l’histoire, qui est une science, tout comme être historien est un métier. Qu’on soit chirurgien.ne, kiné, gynéco, infirmier.e : quand on fait de la médecine, on se lave les mains, car c’est une règle du métier avec laquelle on ne transige pas. Qu’on soit historien.ne ou simplement, comme se présente en l’occurrence E. Zemmour, vulgarisateur historique (et si vous suivez un tout petit peu notre travail vous savez qu’il n’y a aucun mépris derrière ce terme, bien au contraire), c’est pareil : quand on fait de l’histoire, on se base sur des sources vérifiables, qu’on étudie à fond et qu’on croise. Sinon, dans les deux cas, le résultat est le même : on véhicule des maladies.

    « Enfin, détail, mais cependant symptomatique tout de même : votre choix de l’écriture dite inclusive, malgré les critiques véhémentes de l’Académie française à ce sujet et tous les linguistes qui ont démontré l’absurdité linguistique d’un tel choix, est si révélateur de l’aspect idéologique de votre démarche ! »
    => Comme toujours quand on n’a pas de véritables arguments, vous confondez la forme et le fond (ce que, là non plus, nous n’avons pas fait : est-ce qu’on a parlé du style d’Eric Zemmour ?). Les critiques de l’Académie comptent, je vous l’avoue, assez peu : cette vénérable institution n’a jamais fait partie des forces du progrès social… Mais j’imagine que vous suivez scrupuleusement toutes ces critiques véhémentes ? Et donc que vous ne dites jamais un job, un déodorant ou un parking ? Que vous n’avez jamais cuisiné avec du « curry », jamais « géré » une situation, jamais assisté à un « vernissage » ? L’Académie condamne fermement l’utilisation de tous ces mots…
    Oui il y a des linguistes qui trouvent ça absurde, mais je peux vous en citer autant qui diront que c’est nécessaire… Et c’est normal, car pour le coup, il ne s’agit pas d’un fait scientifique (donc il n’y a rien à démontrer..), mais d’une opinion, d’un engagement, personnel ! On comprend tout à fait que ça puisse vous déranger visuellement : perso, on déteste les sites où le texte n’est pas justifié (mais bon on lit quand même Le Monde !). On comprend entièrement que vous n’y voyez pas l’intérêt : on peut être féministe et contre l’écriture inclusive. Mais, svp, ne nous faites pas de faux procès : ce n’est pas parce qu’on met des –e à la fin des mots que notre démarche devient d’un seul coup « idéologique »…

    Une réponse bien longue : je suis sur twitter depuis hier, ça fait du bien de répondre en prenant un peu de place…

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  7. Bravo, magnifique exposé ! Seul reproche : l’emploi de l’écriture prétendument « inclusive », totalement absurde et inutile, puisque lorsque vous écrivez par exemple « historien », le féminin est déjà inclus, c’est prévu dans les règles de grammaire.

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  8. Je ne connaissais pas du tout cette période, elle est très intérressante ça a piqué ma curiosité !
    Par contre, quand je lis « d’historien.ne.s » j’ai franchement l’impression « d’entendre » un begaiement dans ma tete ! (bien que je sois pour le principe hein)

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    1. Tout à fait d’accord, cette éctiture abominable gâche l’ensemble, qui pourtant, est de qualité!. J’ai quand même fait l’effort de lire l’article jusqu’au bout, mais je suis sûr que je ne retenterai pas l’expérience, car j’en ai vraiment trop souffert !

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      1. Cette nouvelle mode d’écrire en mélangeant masculin et féminin c’est franchement du lourd à la lecture. Et puis ça fait Bobo qui se la joue égaliste mais sans que rien ne change au fond. Moi aussi j’ai renoncé à relire l’article à cause de cette écriture à la noix.

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      2. Désolé pour celles et ceux qui auraient été gêné (gênées) dans leur lecture par l’écriture inclusive : on le comprend, c’est une habitude visuelle à prendre.

        Quand les journaux ont commencé à passer sur internet, de très nombreuses personnes disaient que c’était « impossible » de lire de haut en bas (en « scrollant »), sans tourner les pages. Aujourd’hui on a pris l’habitude…

        L’écriture inclusive, c’est pareil, c’est une question de temps et d’habitude, et dans dix (ou vingt) ans ca ne choquera plus personne. C’est dommage, quoi qu’il en soit, si cela empêche de lire l’article : le fond et la forme ne devraient pas interférer (sinon, Dieu sait que peu de copies d’élèves, à tous les niveaux, seraient corrigées par leurs profs…).

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  9. « Bref, il n’y a donc pas d’oubli occidental : le vocabulaire de la croisade n’a jamais véritablement déserté les imaginaires contemporains »

    Eric Zemmour lui-même, en est la preuve.

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  10. heeuuu , je ne suis pas historien, ni même un lettré, mais j’ai de la mémoire … vous nous dite que Breivik , s’est présenté comme un croisé et un templier … as t’il été adoubé par des représentants croisés ou templiers officiels ? ( si cela existe…ou sinon sur facebook peut-être ? lol !)…par contre vous vous gardez bien de signaler qu’il se revendiquait : Franc-Maçon , photos à l’appuis …. du coup vous n’êtes pas crédible non plus, vous voyez , c’est hyper facile de décrédibiliser qui que ce soit, même pour un simple gars du peuple comme moi !

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    1. Je ne comprends pas bien votre point… Outre que Breivik aurait eu du mal à être « adoubé par un représentant templier officiel », étant donné que l’Ordre est dissous depuis plus de sept siècles, en quoi le fait qu’il ait pu se revendiquer franc-macon nous décrédibilise-t-il… ? On n’a pas fait un article sur la pyschologie de Breivik (Dieu merci), on a simplement souligné qu’en Occident aussi on trouvait un discours de la croisade associé à la violence (plus ou moins) religieuse.

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  11. « C’est d’ailleurs, dans la quasi-totalité des cas, via des textes arabes que l’Occident latin va redécouvrir le corpus grec »
    Vraiment ? Les arabo-musulmans ont transmis en masse les ouvrages « proto-scientifiques » greco-latins : Géographie, médecine, philosophie, etc…
    Mais, je tiens à vous rappeler que pour Homère, Thucydide, Tite-Live, Xénophon, Polybe, Plutarque, Cicéron, Ovide, Lucrèce, Diodore de Sicile, Arrien, tout le théatre grec tel Eschyle ou Sophocle, Lucrèce, Marc-Aurèle, code Justinien, Guerre des gaule de César, Juvénal, Sénèque… c’est soit par une transmission inter-occident ou par Byzance que tous ces auteurs nous sont parvenus.

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    1. Certes ; ces textes littéraires, certes important, sont en effet transmis par des canaux latins ou grecs. Cela dit, l’essentiel du corpus grec (vous citez beaucoup de latins ici), et notamment dans le domaine scientifique et médicale, passe par une médiation arabe ou judéoarabe.

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  12. Vous écrivez « Un.e historien.ne n’a pas à « juger du bien-fondé » de quoi que ce soit : son rôle n’est pas de distribuer bons et mauvais points ni de siéger dans une sorte de tribunal de l’histoire… »

    Soit.

    Dans ce cas, appliquez ce principe à vous même et n’utilisez pas le terme « bourde » (impliquant un jugement) pour commenter la déclaration de George W.Bush – qui appartient également à l’Histoire, certes récente. Par ailleurs, l’usage de l’écriture inclusive reste encore aujourd’hui connotée idéologiquement et politiquement. Elle apporte à ce titre une subjectivité superflue à votre article.

    Votre propre contradiction tend à prouver que votre assertion de départ est utopiste. Tout historien, vous compris, a des opinions, la prétendue objectivité scientifique n’existe pas même s’il faut tendre au maximum vers cette rigueur.

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  13. Pour l’écrite inclusive, on assume absolument ce choix d’écriture. Vous êtes libre de ne pas partager notre conviction qu’il s’agit là d’un combat important à mener, mais prière de ne pas nous faire un faux procès : ce procédé formel ne change rien au fond de l’article.

    Concernant la « bourde » de Bush, c’est en effet une tournure un peu maladroite de notre part, vous avez raison de le signaler : ce n’était pas nous qui parlions (comme si on avait dit « la bourde de Bush », ce qui aurait été en effet un jugement !), mais lui-même, qui a tôt reconnu qu’il s’agissait d’une erreur (https://www.nouvelobs.com/monde/20041026.OBS0075/bush-regrette-d-avoir-parle-de-croisade.html) et a ensuite veillé (du moins à ma connaissance) à ne plus employer le mot. Son gouvernement avait même émis un communiqué disant qu’il s’agissait d’un « lapsus ».

    Enfin, concernant votre argument de fond : on est entièrement d’accord, on ne prétend pas atteindre une « subjectivité » qui, plus encore qu’utopiste, est tout bonnement impossible, en histoire comme dans toutes les autres sciences (sociales ou non). On ne reproche pas du tout à E. Zemmour de faire preuve de subjectivité : il a le droit d’avoir ses idées et de les défendre ! La seule chose qu’on lui demande, c’est de ne pas commettre d’erreurs factuelles grossières, et de ne pas accumuler les mensonges et autres contre-vérités afin de déformer l’histoire. Entre un historien forcément subjectif (qui le sait et tente de contrôler ses biais d’observation au mieux) et un faux-monnayeur vendant des mensonges présentés comme des vérités, il y a quand même un hiatus, non… ?

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  14. J’ai lu votre article sur le site non-fiction (par l’intermédiaire de slate) et je l’ai trouvé très intéressant. Cependant, certains internautes ont soulevé plusieurs questions sur ce site. Comme je pense que vous n’irez pas sur ce site pour y répondre, je vous les joins.

    D’abord, concernant les turcs seldjoukides, vous soulignait bien la fragmentation du monde musulman. Cependant, vous ne vous attardez pas sur les motifs d’Urbain II pour lancer la première croisade. Or, une explication de ces motifs aurait donné plus de force à votre démonstration en contrepoint de la position de Zemmour qui fait reposer les motifs d’Urbain II uniquement sur une crainte d’une invasion musulmane.

    A propos du surnom de Pierre l’Ermite, un internaute a fait remarquer que ce surnom, Coucou-piètre, serait présent dans l’Alexiade d’Anne Comnène. Est-ce que cette source est bonne?

    Enfin, plusieurs internautes, élèves ou fans de Sylvain Gougenheim, disent que vous l’accusez sans raison sur la question de la manipulation des sources. Auriez-vous des exemples précis sur les erreurs et manipulations de Sylvain Gougenheim dans son Livre Ariste au Mont-Saint-Michel?

    Je m’excuse de vous rajouter du boulot mais je me sentais un peu seul à devoir porter la contradiction contre ces fans de Zemmour

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  15. florianbesson merci pour votre réponse et votre complément d’information sur la « bourde », je ne reviens pas sur le sujet.
    S’agissant de l’écriture inclusive, je respecte votre choix assumé mais je voulais justement vous faire part ma propre subjectivité de lecteur. Suivant l’adage de Victor Hugo « la forme, c’est le fond qui remonte à la surface » je dois dire que ce choix a inconsciemment pesé sur ma perception de votre texte. Même si je n’y crois pas, l’écriture inclusive sera peut-être utilisée partout dans 50 ans, y compris dans les thèses- auquel cas plus personne ne la remarquera. Mais en 2018, elle n’est pas neutre et cela nuit inutilement à votre message en laissant supposer que vous êtes les militants d’une cause tout autant que des chercheurs. Le militantisme sous couvert d’objectivité c’est d’ailleurs un reproche que fait Zemmour… pourquoi prêter justement le flanc à sa critique alors que vous cherchez à le contredire, à raison, sur le fond ?
    Concernant Zemmour, je n’ai pas encore lu son livre et je ne conteste pas les erreurs que vous soulevez dans cet article ni votre démonstration pour rétablir des vérités historiques. En revanche, vous êtes bien exigeants ou naïfs si vous lui « demandez » la même démarche intellectuelle qu’un historien qui éviterait les « erreurs factuelles grossières ». Le fait est qu’il ne se présente pas comme un historien mais s’inscrit justement en opposition avec le milieu universitaire qu’il critique à longueur d’interviews. Il se revendique comme un idéologue, avec un parti-pris complètement assumé de personnage médiatique. En lisant son livre, on sait à quoi s’attendre, il n’y a pas de dissimulation, le message est connu dès le départ. Tout cela pour dire qu’il est dans son rôle tout comme vous êtes ici dans le vôtre, c’est le jeu.
    Je vois tout de même un avantage au livre de Zemmour : il parle d’Histoire. Certes, il en parle mal, mais il en parle et il place le sujet au cœur du débat public puisque son livre semble très bien se vendre. Vous-même, vous avez senti la nécessité de réagir en tant que chercheurs et je trouve plutôt stimulant que l’Histoire suscite encore débats et controverses, comme cela a toujours été le cas, y compris au sein de votre communauté scientifique.

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    1. Je lis ça et là que Zemmour ferait de l’histoire… Si c’est le cas, ben que voilà un historien qu’il est curieux… Parce que faire de l’histoire avec autant d’erreur… Moi j’y vois là plutôt une manière de diffuser ses principes, ses idées quelque peu limites… Certes il a le « droit » d’écrire ses idées et même de les défendre, sauf qu’il le fait en falsifiant l’histoire. Je ne pense pas que ce sont des erreurs factuelles, mais une volonté délibérée de faire coller l’histoire aux principes qu’il défend quitte à lui tordre le cou, plutôt que de corriger ses principes en regard des faits. Je le crois plus malhonnête que naïf, voilà tout.

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    2. Bonjour Pierre, merci de votre message !

      Honnêtement, je vais arrêter de me justifier sur l’écriture inclusive : déjà parce que ca me fatigue, ensuite parce que je suis historien et pas linguiste, re ensuite parce que c’est un truc important pour moi et que je n’ai pas à me justifier d’un choix personnel, mûri depuis des années, et enfin parce qu’on l’utilise couramment sur ce blog depuis des mois (arguments historiques à l’appui : https://actuelmoyenage.wordpress.com/2017/11/30/faut-il-dire-seigneur-e-lecriture-inclusive-au-moyen-age/ !) et que personne ne nous a jamais reproché d’être « idéologiquement biaisé » avant qu’on se mette à écrire contre E. Zemmour.

      Votre remarque sur son rôle est très intéressante. Certes, il n’a pas explicitement dit « je suis un historien ». Néanmoins, dans son introduction, il présente son livre comme un travail de résistance contre des « historiens professionnels », présentés comme des « mafieux », qui s’attacheraient à déconstruire l’histoire de France depuis des années. Il y a déjà là une confusion des rôles, bien dénoncée par Gérard Noiriel dans une belle tribune du Monde.
      Ensuite, notamment sur Amazon, quand on parcourt les commentaire des gens qui ont acheté on livre, on voit qu’il est lu comme un livre d’histoire : certains demandent même qu’il soit enseigné à l’école… Donc, là aussi, confusion : même si Zemmour ne dit pas « je suis un historien », les gens qui le lisent le lisent comme si c’était le cas. Voire même, dans une logique complotiste, le lisent en se disant « enfin la vraie histoire », contre la cabale des historiens islamobobogauchistes (étant entendu que ce blog est l’un de leurs bastions). C’est plus que gênant, ne serait-ce que d’un point de vue purement méthodologique : plus E. Zemmour multiplie les erreurs, plus on (un certain « on » en tout cas) le lit en pensant qu’il dit la vérité, puisqu’il dit autre chose que ce qu’on lit ailleurs.
      Je ne suis pas sûr du coup que, comme vous l’écriviez, « le mensonge soit connu dès le départ » : ou en tout cas, il n’est pas connu de tout le monde…

      Alors certes, il parle d’histoire, il met l’histoire sur le devant de la scène médiatique, etc etc. On entend ca à chaque fois qu’un brulôt pseudo-historique (du type, au hasard, une histoire de France par les stations de métro) sort (ou qu’un président fait une remarque maladroite sur l’histoire de France). Ce n’est, bien sûr, pas faux, même si ca ressemble furieusement à l’argument du « une mauvaise presse vaut mieux que pas de presse du tout ». Peut-être (je dis bien peut-être, n’en étant pas convaincu) que ca aura le mérite de rappeler à quelques personnes qu’il y a en France des historiens et historiennes professionnels/professionnelles, qui ont travaillé pendant des années pour acquérir les codes d’un métier et la maîtrise d’une science.
      Mais au fond je suis très mal à l’aise avec cette facon de voir les choses. Vous me pardonnerez l’argument par analogie : c’est un peu comme si on ne parlait de sport que quand il y a un scandale de dopage, d’égalité des sexes uniquement après une affaire de viol, ou de physique uniquement après une catastrophe nucléaire… Alors certes vous allez me dire que c’est un peu vrai : il a fallu attendre metoo pour vraiment parler des violences faites aux femmes. Mais je trouve ca un peu triste, et assez inquiétant, qu’on ne puisse parler et se parler que sur le mode de la réaction, précisément…

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      1. Bonjour Florian ! Je n’insiste pas sur l’écriture inclusive, j’ai compris que vous en faites un choix de principe sur ce blog même si je le déplore et que cela peut, à mon sens, vous desservir inutilement. Je n’espérais pas vous convaincre mais merci pour votre lien, très intéressant au demeurant.
        S’agissant de « Zemmour historien » et de l’apport de son livre, j’entends vos arguments.
        Je concède bien volontiers que le mensonge ne soit pas « connu de tout le monde » et que des lecteurs de bonne foi qui veulent en savoir plus sur l’Histoire soient induits en erreur par ce livre en le prenant pour un travail d’historien. D’où la « confusion ». Mais ces lecteurs de bonne foi sont rares, tant le personnage est déjà connu de tous, dans son cas précis. La plupart des personnes qui dépensent leur argent et leur temps pour ce livre vont y chercher ce qu’ils ont justement envie d’y trouver. Ils connaissent déjà la personnalité médiatique et adhèrent à ses idées. Zemmour prêche des convaincus et reste du « Zemmour ».
        A mon sens, son livre est plus un ouvrage idéologique qui cherche à fédérer un public, pas à vulgariser.
        Mais s’agissant des « brulôts pseudo-historique » comme le Métronome que vous suggérez ou les émissions vulgarisatrices de Stephane Bern, ils font pour moi également vivre l’Histoire. Je préfère cela à l’indifférence et à l’ignorance complète. Il est toujours mieux que le nom d’une station de métro évoque au citoyen une représentation historique (certes) biaisée plutôt que le néant absolu d’un quai sans nom où l’on passe tous les matins pour aller au boulot et sur lequel on ne se posera jamais de questions. La représentation historique déformée peut même contribuer indirectement à faire naître un intérêt pour l’Histoire chez des lecteurs/téléspectateurs qui pourront ultérieurement approfondir le sujet et mettre en perspective la thèse de départ (j’ai conscience que ce n’est pas le plus courant, mais cela arrive). Je ne suis pas enseignant, mais il me semble qu’il s’agit d’ailleurs de la démarche suivie dans l’approche pédagogique avec les élèves : d’abord attirer l’attention des enfants avec des images parlantes et des vérités simples (et parfois, de fait, biaisées) puis monter en complexité au fur et à mesure des années de scolarité en relativisant les images de départ.
        Je comprends qu’en tant que chercheurs professionnels, les mensonges ou les approximations vous hérissent mais je ne pense pas forcément que tout soit à jeter dans ces livres idéologiques ou vulgarisateurs, du moment qu’ils parlent d’Histoire. De mon point de vue c’est à vous d’en tirer le meilleur parti. N’est ce pas également l’un des rôles des historiens que d’éveiller chez les citoyens la conscience du passé ? Tout débat ou ouvrage portant sur ce passé peut donc vous être profitable pour faire passer votre message.
        A ce titre je pense que le « mode de la réaction » que vous évoquez peut d’ailleurs s’avérer bénéfique même si je reconnais qu’il est agaçant. De fait, en critiquant les « historiens professionnels » Zemmour les met indirectement en lumière. Au tour de ces historiens de saisir la balle au bond pour faire valoir leur point de vue et leurs recherches (ce que vous faites ici).

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      2. Pierre, je ne suis pas convaincu que laisser tranquille un discours faux n’aurait pas d’effet. Je pense au contraire qu’un tel discours est particulièrement nocif. D’abord parce que beaucoup de ceux qui lisent Zemmour n’ont pas de référence en matière d’histoire, et la lecture de Zemmour est agréable d’approche – hors on ne devrait pas sous estimer la force de séduction de ce genre de livre, et donc l’orientation idéologique qu’il impose à ses lecteurs pris au piège. L’essentiel d’un personnage comme Zemmour (qui rejoint là un Onfray) est dans sa force de séduction, et seulement cela. Dans le monde de l’image généralisée, les simples images se transforment en force de conviction d’autant plus redoutable que par là les images se retrouvent hors de porté de toute critique. Le langage de la critique devient incompréhensible; une NovLangue s’installe. L’histoire n’est alors plus comprise que sous forme de slogan zemmourien adapté au monde marchand qui nous vomi à chaque seconde des tonnes d’images, de mots, de faux dialogues, mais au bout, des vrais carnages de toute sorte, des vrais massacres. C’est en ce sens qu’il nous faut prendre la pleine mesure des agents du spectacle que sont les Zemmour, Finkielkraut, Onfray et autre de même engeance. Prendre la pleine mesure de leur nocivité.

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      3. en passant, je suis d’accord avec votre analyse sur la rhétorique Zemmourienne. En revanche, mon message n’était peut être pas clair, mais je n’ai pas du tout voulu dire qu’il faut « laisser tranquille » un discours faux, au contraire !

        Je disais que le discours faux existe, qu’il a tendance à prêcher déjà des convertis chez un Zemmour connu et clivant (donc séduction à relativiser car plutôt limitée à son « public », ceux qui l’exècrent, et ils sont nombreux, ne le liront pas), mais que ce discours faux peut avoir paradoxalement des « externalités positives » : susciter un éveil citoyen pour l’Histoire lorsqu’il est tenu dans les ouvrages type Métronome ou pousser les historiens à entrer dans le débat pour le contredire et faire valoir leurs recherches (et donc, justement, ne pas le « laisser tranquille »). Pourquoi pas un ouvrage complet de réponse à Zemmour produit par un collectif d’historiens qui démonteraient, comme dans cet article, ses mensonges et autres slogans ?

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      4. « Un ouvrage complet de réponse à Zemmour » : ce serait formidable évidemment…

        Mais resterait toujours la question de l’utilité d’un tel travail. Je prends un exemple.

        On nous a énormément renvoyé l’ouvrage de Sylvain Gouguenheim à la tête dans les « débats » autour de notre article. Or ce livre, un an à peine après sa sortie, a été entièrement déconstruit par deux ouvrages collectifs, un sur le plan scientifique (Max Lejbowicz dir., L’ Islam médiéval en terres chrétiennes: science et idéologie) et un sur le plan idéologique (Philippe Büttgen, Alain de Libera, Marwan Rashed et Irène Rosier-Catach (dir.), Les Grecs, les Arabes et nous. Enquête sur l’islamophobie savante). Et pourtant, 10 ans après, c’est toujours le premier livre qui est connu, cité, utilisé. Les réfutations (alors qu’elles sont excellentes !) n’ont eu aucun effet. Les gens ne les connaissent pas : PERSONNE n’a cité Lejbowicz sur twitter alors qu’on a du avoir des dizaines de commentaires disant « oui mais Gouguenheim a dit que… ».

        Bref on retrouve ce que vous disiez, Pierre, plus haut : la plupart des lecteurs et lectrices de E. Zemmour sont convaincus AVANT de lire le livre, et donc ne bougeront pas de leur opinion, quoi qu’on leur dise ou leur explique. En plus, réfuter un propos demandera toujours plus de place, de temps, de texte que de dire des bêtises : le discours faux a donc l’immense avantage de la simplicité, donc de la séduction, alors que le dire-vrai sera toujours, forcément, plus abrupt et plus exigeant. Pour le dire encore plus simplement : E. Zemmour va vendre deux millions d’exemplaires, une « réfutation », même collectivement portée, va en vendre 3000…

        Ce qui ne veut pas dire, évidemment, qu’il faille se résigner : si un éditeur nous lit, on est partants pour faire les chapitres de médiévale dans un « Pourquoi Eric Zemmour multiplie les erreurs historiques »…

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  16. Bonjour Palex ! Merci pour votre message.

    Si, on va répondre sur Nonfiction, on prenait juste notre temps (et un peu de repos…)

    Sur les motifs de la croisade. En fait c’est une question extrêmement controversée parmi les historiens, et il y a une énorme bibliographie sur le sujet. Pour le coup, il s’agit bien d’une interprétation, pas d’éléments factuels : c’est pour ca qu’on en a pas parlé dans l’article. Par exemple, on a longtemps dit que le pape y voyait une facon de débarasser l’Occident des chevaliers turbulents en les envoyant se faire tuer en Orient : ajd plus personne ne retient cette lecture.
    La présence des Seljoukides joue, sans aucun doute, tout comme joue la demande d’aide envoyée par Alexis Comnène. Peut-être que, comme l’écrit E. Zemmour, Urbain II pense aux invasions arabes du VIIe-début du VIIIe siècle : en tout cas, aucune source ne dit explicitement qu’il en ait parlé, donc c’est là une affirmation qu’il faudrait a minima nuancer.
    On a également mis en avant les nouvelles taxes que les Seljoukides imposent aux pèlerins à Jérusalem, taxes qui ont pu donner l’impression, en Occident, que les Lieux saints étaient « fermés ».
    Ajd, on avance d’autres motifs : on souligne notamment qu’Urbain II est un pape grégorien, et que cette expédition militaire lui donne l’occasion de se mettre en scène à la tête de la chrétienté occidentale, donnant des ordres aux princes et aux seigneurs… Il n’est pas impossible non plus qu’il ait pensé à une éventuelle réunion des Eglises (= christianismes d’Orient).
    Mais, encore une fois, il n’y a pas pour cette question de « vérité » qu’on pourrait atteindre : dès qu’on parle des motivations des acteurs, on est dans l’interprétation (plus ou moins fondée). Par contre il est faux de dire que les Turcs « déferlent » sur l’Europe, comme on a essayé de le montrer dans l’article.

    Sur Coucou Piètre : on a corrigé le passage ce matin pour intégrer la remarque 😉 La traduction en francais d’Anne Comnène écrit « Pierre à la Coule », surnom que je connaissais mais, ne parlant pas grec, je n’avais pas fait le rapprochement avec ce « Coucou Piètre ». Ca ne change rien au fond de l’argument puisque cette forme que reprend E. Zemmour vient directement de Michelet, les historiens contemporains écrivant « Pierre à la Coule » ou « Pierre au Capuchon ».

    J’ai également répondu sur Nonfiction concernant S. Gouguenheim, longuement. Je vous invite à voir cette réponse ; sans la reprendre dans son entier, je signale simplement que dans un ouvrage de réfutation du livre de S. Gouguenheim, de nombreux historiens et historiennes soulignent qu’il multiplie les affirmations loin des sources, qu’il cite des textes qu’il n’a pas lus, qu’il fait dire à des textes (sources ou biblio) le contraire de ce qu’ils disent vraiment… Autant de pratiques qui le font basculer du camp de l’historien à celui du « romancier » (on trouve le reproche en toutes lettres dans ce livre), donc du côté de l’invention.
    Comme je l’ai écrit sur Nonfiction, c’est un peu fatiguant de devoir encore parler de ce livre, plus de dix ans après sa sortie. C’est vraiment un débat qu’on espérait ne pas avoir à rouvrir…

    N’hésitez pas si vous avez d’autres questions ou d’autres curiosités !

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    1. Bonjour.

      Je vous remercie pour votre réponse.

      Effectivement, concernant Coucou-piètre, étant donne le terme grec, cela semble être une mauvaise traduction littérale de Michelet, traduction quasi-phonétique.

      Concernant Sylvain Gouguenheim, je ne suis absolument pas un fan ni un lecteur. En fait, j’ai souvent vu cette référence dans ce débat mais aussi dans d’autres. il s’agissait surtout pour moi d’avoir quelques « balles » pour répondre à certains zemmouriens sur non-fiction mais cela a moins d’importance puisque vous avez directement répondu.

      Autre chose. Concernant l’utilisation du mot « croisade » par Georges W Bush, j’avais soulevé l’idée dans la discussion sur non-fiction que ce terme viendrait davantage de la rhétorique évangélique que d’une référence historique. En effet, dans les milieux évangéliques, le terme « croisade » est utilisé pour tout campagne de prédication. On peut citer ainsi les campagnes de prédication du pasteur Billy Graham, dénommées croisades, mais aussi l’émission de radio du pasteur Billy James Hargis, Christian Crusade, dans les années 60. Ce n’est pas forcément un argument contre l’idée d’oubli de la croisade en Europe sinon que le discours de croisade étant surtout porté par des Eglises, il est normal que celui-ci disparaisse une fois que les Eglises l’abandonnent.

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  17. MESSAGE GLOBAL : on recoit de nombreux « commentaires » qui sont en réalité des insultes, plus ou moins déguisées (souvent très violentes), soit envers nous, soit envers Eric Zemmour.
    Nous bloquons ce genre de messages qui n’apportent rien au débat. L’appel à la violence et à la haine, peu importe la cible, n’est jamais une option envisageable.

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  18. Et bien dis-donc…
    Il y a deux ans lorsque j’ai découvert ce site, si on m’avait présenté la liste des articles à venir et que l’on m’ait demandé lequel ferait couler le plus de commentaires, je ne suis pas sûr que j’aurais eu juste. Je pense que j’aurais jugé plus brûlantes les questions touchant de près ou de loin à la famille, la sexualité, la place des femmes etc. puisque ce sont souvent ces sujets là qui font le plus s’écharper les gens tant on y trouve d’oppositions violentes entre ceux persuadés qu’on attaque des piliers de la civilisation quasi fondés en nature, et ceux persuadés qu’on n’en finit pas d’émanciper contre des déterminismes qui ne sont pas naturels.
    Un peu surpris donc… et pourtant, j’ai aussi l’impression que ce sont les mêmes lignes de fracture (et les mêmes clientèles de chaque côté des lignes) qui sont au centre de la polémique suscitée par cet article.
    Quand je lis certaines réactions – et surtout le ton qui les anime – je me demande parfois si nous ne vivons pas au bord du gouffre, comme si nous étions à qques jours des événements de Février 34 par exemple…
    Alors en attendant, longue vie au débat et à AMA !
    Peut-être que de s’écharper en mots évitera qu’on en vienne un jour à s’écharper dans la rue. (Mais j’en doute : même les plus bêtes et/ou méchants des commentaires lus ici reflètent encore une minorité civilisée en comparaison de tous ceux qui ne liront jamais un blog comme celui-ci mais qui seraient prêts à en découdre cagoules au crâne et batte de base-ball en main).

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  19. @ RT : merci pour le soutien ! Oui nous aussi on est surpris des réactions. Et encore, on coupe les commentaires les plus agressifs, ceux qui nous traitent d’islamogauchos, de pseudo historiens, et autres qualificatifs sympathiques qui témoignent, sinon forcément d’une « brutalisation » telle celle des années 30 à laquelle vous faites référence, du moins d’un climat pour le moins tendu.
    Quand on se dit qu’on n’a passé au crible qu’UN SEUL chapitre du livre d’E. Zemmour et qu’il faudrait le faire pour tous, on est fatigués d’avance… !

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  20. Je ne suis pas adepte d’Eric Zemmour. Cela étant, la qualité de votre argumentaire me surprend. Par exemple, la critique du passage « depuis des siècles, l’Église », dans lequel il ne s’agit que d’une amplification rhétorique…

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  21. Très intéressant, tout ça. Effectivement, au lieu de crier au loup, il faut l’attaquer élément contre élément comme vous le faites, éventuellement en plateau/studio. Mais, pour ça, il faut être invité à débattre avec lui (et s’entraîner au débat).

    Une remarque, cependant…
    Vous écrivez « Les historien.ne.s contemporain.e.s n’ont pas repris ce surnom que l’on ne trouvera jamais dans un bon livre d’histoire sur les croisades. »
    On ne trouvera pas non plus d’écriture inclusive dans un bon livre d’histoire, quelle que soit la période étudiée. 🙂

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