Échanger avec ou échanger contre ?

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Alors que les échanges économiques occupent une place toujours plus grande dans le débat public, revenons sur la conception de l’échange au Moyen Âge.

L’échange, dans nos sociétés monétarisées, n’occupe plus la place qu’il pouvait occuper jadis, dans des sociétés de troc, de commerce de proximité. Jugé un peu simplet, voire un peu suspect, l’échange semble réservé aux cours de récré. Et cette désaffection se reflète dans les termes mêmes qui vocalisent l’échange.

« Je t’échange mon goûter contre tes billes », pour rester dans notre cour de récré (cour de récré, le lecteur l’aura remarqué, des années 1990, quand il y avait encore des billes – on ne se refait pas). On a tous entendu cette phrase ou une équivalente, on l’a tous forcément dite au moins une fois : j’échange quelque chose contre quelque chose. C’est sur ce « contre » que je veux attirer l’attention aujourd’hui.

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Le sucre, l’invention du goût contemporain

hypocrasDe l’Orient à l’Occident, comment est-ce que le Moyen Âge a inventé le goût contemporain du sucré…. ?

Vous avez forcément mangé du sucre aujourd’hui. Dans votre café du matin, en confiture ou dans vos céréales : le sucre est l’élément central de nos petits déjeuners. C’est une des premières marchandises produites et consommées à l’échelle de la planète. Le pétrole fait tourner nos machines, et le sucre nos corps.

Pourtant il n’en a pas toujours été ainsi : ce n’est que dans les derniers siècles du Moyen Âge que le goût du sucre s’est généralisé en Occident… et avec le goût, toute une économie.

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Jacques Cœur et Emmanuel Macron, de la banque au pouvoir ?

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La mobilité sociale est-elle plus forte aujourd’hui qu’au Moyen Âge ? On vous propose de regarder d’un autre œil un certain candidat à la présidentielle…

Du Moyen Âge, on retient souvent sa société d’ordres, ses cortèges, ses corporations, tout ce que Tocqueville, un penseur politique du XIXe siècle, a pu appeler les « individualismes collectifs » opposant un vaste « Ancien Régime » à un monde quelque peu nouveau, selon lui, après 1789. Pourtant, la mobilité sociale existait bel et bien ! On pouvait toujours sortir ou entrer au sein de ces ordres, de ces hiérarchies bien ordonnées. La société médiévale était un assemblage de groupes, toujours organisés, mais souvent flous et ductiles. Les sources le montrent puisque les mots des greffiers, des notaires, ou des chroniqueurs révèlent d’infinies variations de statut qui attestent de l’extraordinaire richesse et complexité de la société médiévale. Hier, comme aujourd’hui, être un transfuge social, changer de groupe ou de catégorie sociale n’est pas chose aisée, ni chose bien vue. L’ascension de Jacques Cœur, représentant d’un groupe de manieurs d’argent, qui accède par des moyens économiques à un pouvoir politique inédit, dans un contexte de crise multiforme de la société, mérite d’être rappelée…

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Trop de fonctionnaires ?

charlesviiTrop de fonctionnaires ? Ou pourquoi choisir quel secteur privatiser, c’est choisir l’État que nous voulons pour demain.

Depuis que François Fillon a été élu à la primaire des Républicains avec, entre autres, la promesse de réduire de 500 000 le nombre de fonctionnaires durant son quinquennat, la question est relancée dans les médias : y a-t-il trop de fonctionnaires en France ?  Evidemment la question n’est pas celle de la suradministration : droite comme gauche tendent même à se rejoindre sur la nécessité d’embaucher dans les secteurs de l’éducation   et de la défense. La vraie question, c’est celle du prix : pouvons-nous toujours – Français du XXIe siècle – nous permettre les services que l’Etat nous délivre depuis notre naissance ?

Trop, c’est combien ?

Entre trop et pas assez, comment savoir où placer le curseur ? On adopte souvent l’angle de la comparaison avec l’international : en effet, le nombre de fonctionnaire par habitant resterait dans la moyenne des pays de l’OCDE, tandis que ce qui pèserait vraiment sur le budget serait le poids de l’emploi public en général. Pourquoi ne pas tenter aussi une comparaison avec le passé ? Depuis quand, exactement, y a-t-il trop de fonctionnaires ?

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Le tabou de l’argent

argent.jpgPourquoi sommes-nous toujours mal à l’aise lorsque nous parlons d’argent ? C’est en partie à cause des chansons de geste et de l’Église médiévale…

Il y a peu, mon banquier s’est moqué de moi : vu mon nombre d’années d’études, il trouvait que j’étais vraiment sous-payé. Ça m’a un peu agacé, alors j’ai demandé à mes amis combien ils gagnaient – c’est-à-dire à mes amis qui ne sont pas doctorants en histoire médiévale, car, oui, il m’en reste quelques-uns… ou du moins il m’en restait avant ce post. Car j’avais oublié qu’on ne parlait pas d’argent, en particulier en France. C’est mal vu de demander à quelqu’un combien il gagne, et, même entre amis, on en parle peu, et non sans une certaine gêne. A priori, ce tabou de l’argent, plus ou moins fort en fonction de l’âge et de la condition sociale, n’a rien de naturel : comme tous les tabous, il résulte d’une construction historique.

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