Quand la police tape sur les étudiants

expo ecole au MA-001.jpgLes actes violents contre les protestations d’étudiants se multiplient. Des agressions qui ne sont pas nouvelles. Mais sont-elles en train de se banaliser ?

Dans la nuit du 22 mars, des étudiant·e·s de l’université de Montpellier ont été violemment agressé·e·s alors qu’il·elle·s occupaient un amphithéâtre, par une milice fasciste agissant avec le soutien, au moins verbal, du doyen de l’université. Cette brutalité n’est pas isolée : à Toulouse, à Bordeaux, à Strasbourg, plusieurs mobilisations étudiantes ont connu des tentatives de répressions, parfois dans la violence. Certes, les acteurs de ces violences ne sont pas les mêmes. Mais la question de fond reste identique. Taper sur les étudiants, un sport que l’on pratique depuis longtemps…

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La damnatio memoriae à l’heure de Kevin Spacey

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Le dernier film de Ridley Scott, Tout l’argent du monde, a défrayé la chronique quand son réalisateur a décidé d’en effacer Kevin Spacey quelques semaines avant la sortie, à cause des accusations sexuelles portées contre lui. Des pratiques qui en rappellent d’autres au Moyen Âge…

Durant cette fin d’année 2017 et au début d’année 2018, les médias, les personnalités publiques et le public lui-même ont été amenés à réfléchir et à agir sur la visibilité de personnes accusées de crime. Certains responsables médiatiques ont pris la décision d’effacer purement et simplement l’image des personnes inculpées, à l’image de ces chaînes de télévision ont déprogrammé des émissions à la suite de différents scandales touchant leurs invités. À l’inverse, on a reproché aux Inrockuptibles d’avoir donné une publicité trop visible à Betrand Cantat, condamné pour le meurtre de sa compagne Marie Trintignant. Enfin, très récemment, le dernier Ridley Scott a vu Kevin Spacey, et accusé d’agressions sexuelles, remplacé à la dernière minute par Christopher Plummer. Cet exemple est particulièrement frappant et radical de la part du réalisateur. Il s’agit ni plus ni moins que d’effacer un nom d’un affiche, un visage de la pellicule, et de lui dénier le droit d’apparaître dans l’espace public en lui substituant un autre acteur.

On aurait tort de croire que ces pratiques datent de la société de consommation et du star-system. Au contraire, tout là-dedans rappelle des pratiques tout à fait médiévales !

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Vendre des hommes

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Les images récemment tournées par CNN et vues dans le monde entier font froid dans le dos : des hommes vendus aux enchères. « Des jeunes gens forts, pour le travail de ferme » dit le vendeur, et les prix montent jusqu’à ce que la vie d’un homme, noir de peau, passe en d’autres mains.

Nouveaux hommes, pratiques anciennes

On connaissait déjà le trafic des passeurs, qui s’enrichissent sur la misère, le désespoir et les espoirs de ceux qui quittent leur domicile pour chercher une vie meilleure ailleurs. Par ces quelques secondes de capture vidéo, les journalistes ont pu vérifier ce que les ONG et les migrants une fois arrivés disaient déjà : certains migrants d’Afrique subsaharienne, qui espéraient atteindre l’Europe et dont le chemin s’est arrêté en Lybie en raison du durcissement des contrôles douaniers, sont réduits en esclavage et vendus.

La scène rappelle des pratiques que tout être raisonné ne peut que souhaiter révolues et que même l’historien, qui goûte pourtant peu l’exercice, ne peut qualifier que « d’un autre temps ». D’un autre temps en effet, car sans doute sans le savoir, ces sinistres marchands d’homme libyens ressuscitent des pratiques et des réseaux qui animaient les côtes méditerranéennes de l’Afrique il y a plusieurs siècles.

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Weinstein et Gillette la Carrée, une trop vieille culture du viol

La voix des femmes sur le harcèlement sexuel se fait entendre. Cette culture du viol s’ancre dans une trop longue histoire… dont les femmes indépendantes ont été victimes, au Moyen Âge comme aujourd’hui.

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L’affaire Weinstein, #balancetonporc, #metoo… La sphère publique retentit du calvaire que vivent de nombreuses femmes dans leur milieu professionnel ou personnel.

La dénonciation a commencé par viser les violences sexuelles ou le harcèlement au travail, avant de toucher toutes les violences et tous les types de harcèlement sexuels que les femmes connaissent au cours de leur vie.

Par leur parole, de nombreuses femmes mettent en lumière le fait que parler d’une agression ou porter plainte est aujourd’hui encore souvent de peu d’effet. Seul 5% des cas de harcèlement au travail donnent lieu à une plainte, mais surtout 74% des actifs estiment qu’il est difficile d’identifier le harcèlement sexuel. Cette dernière statistique est particulièrement révélatrice : au cours de notre socialisation, nous avons tous à des degrés divers reçu le message que l’homme devait dominer la femme, que pour être viril, un homme doit nécessairement démontrer qu’il est capable de conquérir charnellement. De fait, nos sociétés ont tendance à porter un regard ironique ou complaisant envers les contraintes sexuelles, petites ou grandes, faites aux femmes. Des hommes en sont d’ailleurs parfois tout autant victimes.

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Le viol à l’époque de saint Louis

Quand au XIIIe siècle, ne pas crier, c’était déjà être consentant-e…

2Cette semaine une affaire de mœurs fait pas mal de bruit dans les média. Un homme de 28 ans qui invite de manière préméditée une petite fille de 11 ans chez lui avec qui il a des rapports sexuels, et qui suite à la plainte de la famille, n’est pas condamné pour viol.

Ce qui agite l’opinion publique, ce n’est pas tant la violence sexuelle en soi. En France c’est presque banal : les associations estiment qu’il y a un viol toutes les 7 minutes, et que seulement 8 % sont dénoncés à la police. Glauque, mais véridique : les viols dont on parle dans les médias sont exceptionnels, ceux qui impliquent un homme politique, un footballeur… ou un enfant.

Non, ce qui fait vraiment débat, c’est la façon dont le tribunal du Val d’Oise a qualifié les faits. La petite fille s’est plainte à sa mère après, mais sur le coup, elle ne s’est pas débattue, elle ne s’est pas enfuie. Peut-on alors dire qu’il y a viol ? Loin de moi l’idée de vous influencer dans ce passionnant débat, je vous raconte juste comment on jugeait les viols au XIIIe siècle. Vous allez voir, ça n’est pas si loin de nous.

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