Les Jacques ont voté Trump

jacquerieAprès la sidération, comment comprendre les élections américaines ?   Assiste-t-on à une un nouveau type de Jacquerie ?

Le monde et les États-Unis se réveillent en pleine gueule de bois. Tous les États-Unis ? Non bien sûr… La moitié de la population a voté pour Donald Trump, et ce n’est pas quelque chose que l’on peut minimiser en taxant plus de 50 millions de personnes d’ignorance ou en les dépeignant simplement comme ayant cédé aux sirènes du populisme. Il me semble que le vote de lundi a quelque chose des révoltes populaires, qui apparaissent aussi dans les chroniques médiévales.

1358 : la Guerre de Cent Ans bat son plein. La situation française n’est pas radieuse… Le roi d’Angleterre mène une guerre de pillage qui dévaste le territoire. Les années passent, et les rois de France successifs ne parviennent pas à rétablir la situation. En plus de l’armée anglaise, les mercenaires pillent les campagnes à leur compte sans que les nobles ne parviennent à les arrêter. L’autorité royale est terriblement affaiblie et Jean II le Bon est même fait prisonnier en 1356 lors de la bataille de Poitiers. Clairement, on a connu des jours meilleurs…

Le royaume est donc en plein chaos. Étant donné la situation financière catastrophique, on multiplie les impôts, des taxes sont créées. L’agitation règne à Paris avec la révolte menée par Étienne Marcel. Mais ce n’est pas de la capitale dont il faut parler aujourd’hui : c’est des campagnes et des paysans, dont on dit souvent qu’ils apparaissent peu dans les sources mais qui, à ce moment-là, font entendre leur voix et se révoltent : c’est la Grande Jacquerie.

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Turquie : le coup d’Etat réussi du 17 juillet… 1203

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Retour sur un autre coup d’État de juillet qui bouleversa Istanbul, quand la ville s’appelait encore Constantinople…

Il y a six jours, à Istanbul, le gouvernement d’Erdogan a écrasé une tentative de coup d’État menée par une partie des forces armées. L’événement évoque des souvenirs au médiéviste, tant les révoltes et les tentatives de coup d’État sont nombreuses dans l’empire byzantin. En effet, la majorité des dynasties arrivent au pouvoir dans des circonstances violentes, en s’appuyant sur l’armée et en éliminant l’ancien empereur ainsi que sa famille. En bons amateurs de théâtre, respectons l’unité d’action – on va parler d’armée et d’un coup d’État –, de lieu – Istanbul, encore appelée Byzance – et de temps – nous sommes le 17 juillet, mais quelques siècles plus tôt.

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Le Brexit raté du Prince Jean

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Aujourd’hui, les Anglais votent pour décider s’ils veulent ou non rester dans l’Union Européenne. Une décision historique… ancrée dans l’histoire.

 

Jean Sans Terre

 Si je vous parle du roi Jean d’Angleterre, a priori, ça ne vous dit rien. Si je vous dis que c’est le cinquième et dernier fils d’Henri II Plantagenêt et Aliénor d’Aquitaine, le père d’Henri III, l’époux d’Isabelle d’Angoulême, ce n’est pas forcément plus clair. Alors que si je vous dis que c’est le méchant lion dans le Robin des Bois de Disney, celui qui aime l’or, qui suce son pouce et qui dort avec un serpent au pied de son lit (chacun son truc), je suis sûr que vous le remettez !

Entre deux tentatives pour faire pendre Robin des Bois, le Prince Jean est surtout le petit frère de Richard Cœur de Lion. Pendant que Richard part en croisade, Jean tente de s’emparer du royaume d’Angleterre, qui, à l’époque, n’a pas du tout le même aspect que maintenant : Henri II a en effet forgé, notamment par son mariage avec Aliénor d’Aquitaine, un grand « empire plantagenêt » qui comprend l’Angleterre, le Pays de Galles, la Normandie, le Maine et l’Aquitaine. Si vous ajoutez qu’il lorgne doucement sur le comté de Toulouse, qu’il conquiert peu à peu l’Ecosse et l’Irlande, vous imaginez assez bien la taille du royaume.

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L’Euro 1314 n’aura pas lieu

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La coupe d’Europe de football commence ce vendredi. Et si on repartait 700 ans en arrière ?

Carton rouge pour le foot

1314, Londres. Le lord-maire de Londres interdit le jeu de soule, un jeu où les joueurs doivent pousser une balle avec leurs pieds, sans la toucher avec les mains. Vous avez bien lu : au Moyen Âge, le foot existe – le terme de « foteball » apparaît d’ailleurs pour la première fois en 1409 – et c’est interdit. La soule se joue à l’époque des deux côtés de la Manche, et depuis plusieurs siècles, avec des règes variables en fonction des époques – je renvoie les curieux à un mémorable épisode de la série Kaamelott. Or, au XIVe-XVe siècle, le temps est à l’interdiction, non seulement de ce sport, mais plus généralement de tous les jeux : encore la soule en 1331 en Angleterre, le hurling (l’ancêtre de la  crosse) en 1366 en Irlande, le jeu de paume en France en 1397, le golf en Ecosse en 1457, etc. En vingt ans, Edouard II d’Angleterre interdit quarante fois les joutes et les tournois.

Évidemment, le fait même que ces interdictions soient si souvent répétées montre que personne ne les respecte : l’interdiction du foot fait partie de toutes ces règles curieuses, en vigueur en théorie mais que personne ne suit ni n’essaye de faire suivre… Je vous rappelle qu’en France, il est interdit de klaxonner en ville, de s’embrasser sur un quai de gare, ou d’appeler son cochon Napoléon. Je ne sais pas pour vous, mais j’enfreins allègrement presque chaque jour deux de ces trois règles – et je vous laisse deviner lesquelles.

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Figurer l’extrême violence

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Comment l’extrême violence et ses représentations, hier comme aujourd’hui, reflètent les peurs d’une société face à ses propres dérives…

Le Journal d’un bourgeois de Paris, racontant la reddition de Meaux à Henri V en 1422, en pleine guerre de Cent Ans, présente un épisode tout à fait singulier. Le roi d’Angleterre fait décapiter un prisonnier, le bâtard de Vaurus, et suspendre son corps à un arbre au dehors de la ville. Selon l’auteur du Journal, cet acte est justifié par la cruauté du bâtard de Vaurus, personnage secondaire de la guerre de Cent Ans. La puissance de ce récit tient dans la transgression violente de tabous. Vaurus avait en effet capturé et fait exécuter un laboureur malgré le paiement, quoique tardif, de la rançon par sa jeune épouse enceinte qui, à l’annonce de la mort de son époux, devint folle de douleur et insulta Vaurus qui la fit battre et pendre à l’orme. Dépecés par les loups, la femme et l’enfant dont elle avait accouché périrent la nuit suivante.  En réalité, l’auteur du récit du Bourgeois de Paris reprend largement des stéréotypes culturels et politiques qui avaient cours à cette époque-là. Et c’est bien cela qui fait douter de la véracité des faits. Selon Boris Bove, ceux-ci sont trop conformes à l’idée que se faisaient les Parisiens des routiers armagnacs de Meaux pour ne pas être suspects.

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