Voir, de l’autre côté du détroit, les gens qui marchent


Malgré la frénésie de l’actualité, prenons un peu de recul pour regarder les gens qui marchent… de l’autre côté du détroit de Gibraltar.

Je sais que l’actualité a été chargée ces derniers temps, entre les incendies, les attentats, la canicule, les élections et autres catastrophes. Difficile, dans ce contexte, de s’intéresser à certaines affaires « de fond », dont le rythme se compte en mois et pas en jours. Avez-vous entendu parler de Cédric Herrou ? Cet agriculteur du sud de la France a été jugé en juin dernier pour avoir aidé des migrants venus d’Italie à entrer en France, et condamné lundi à quatre mois de prison avec sursis. Pendant que l’on criminalise la solidarité, les migrants continuent de payer le prix fort : depuis janvier, près de 1500 migrants ont trouvé la mort en tentant de franchir la Méditerranée. Dix par jour. Je ne veux pas casser vos vacances, mais on ne peut pas s’empêcher d’y penser entre deux baignades.

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Zeng He ou les risques du repli

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Aujourd’hui, ouverture au monde et rayonnement dans le monde, à travers les expéditions de Zeng He… Un exemple qui résonne dans cet entre-deux-tours, contre les discours de repli.

Du fait de nos domaines de spécialité, nous parlons beaucoup de l’Occident médiéval et des civilisations méditerranéennes. Mais une fois n’est pas coutume, et parce que l’heure est grave, partons un peu voir du côté de la Chine. Car c’est parfois en observant une société lointaine, en apparence totalement étrangère à la nôtre, que l’on parvient à comprendre le monde auquel on appartient.

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1473, les îles grecques face aux migrants

corfouMuslim ban, flux migratoires en Europe et réfugiés délogés à Paris… et si on se penchait sur une crise des migrants à Corfou… en 1473 ?

Les îles grecques, tout comme les côtes italiennes ou espagnoles, font partie des zones d’interface de la Méditerranée. Elles servent de passage aux flux des marchandises et des hommes, dans des conditions qui dépendent beaucoup de la situation politique et économique : on n’accueille pas les migrants de la même manière en période d’abondance et en période de crise.

Or à Corfou, en 1473, c’est la crise, et les habitants se plaignent :

« Des personnes étrangères sont venues dans cette ville et dans cette île (…) et habitent ici. Ils ont pris le nom de Corfiotes, et chaque jours ils commettent mille infractions (…) Qu’ils soient condamnés à des peines corporelles, et non à des amendes (…) afin que l’on sache bien que les fidèles Corfiotes originaires de ce lieu ne mènent pas une telle vie ».

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Messire Marco Polo

1.jpgCette semaine, partons vers l’Asie avec Marco Polo, pour apprendre de nombreuses langues étrangères… et acquérir nos lettres de noblesse.

Aujourd’hui, parlons de l’un des personnages les plus célèbres de l’époque médiévale : Marco Polo. Pour celles et ceux qui n’auraient pas envie de s’avaler la notice Wikipédia, ou les dix heures nécessaires pour regarder la série du même nom, je résume à gros traits : jeune vénitien, Marco Polo voyage avec son père et son oncle jusqu’à la Chine de Kubilay Khan (un descendant de Gengis Khan). Il y passe plusieurs années, revient à Venise, raconte son histoire à un romancier croisé en prison. Ce dernier se dit alors qu’il tient le best-seller du siècle, et banco, ça donne le Devisement du Monde, l’un des plus gros succès de la littérature médiévale. C’est une très belle lecture, avec des monstres, des batailles, des aventures incroyables, franchement, il ne manque qu’un Mur de Glace géant.
Aujourd’hui, je vais me centrer sur un aspect précis du texte, et vous infliger une longue citation – désolé, mais vous remarquerez que j’ai pris la peine de traduire, alors on ne râle pas, sinon la prochaine fois, c’est en latin.

« Marco apprit si bien les coutumes des Tatares, et leur langage, et leurs écritures, et leur art militaire, que ce fut merveille. Car sachez en vérité : il sut en peu de temps plusieurs langages et quatre formes d’écritures. Pour cela dorénavant il fut appelé Messire Marco Polo. Et ainsi le nommera désormais notre livre, car c’est à bon droit. »

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Les invasions (des clichés) barbares

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Retour sur le rôle et le fonctionnement des préjugés nationaux…

C’est l’histoire de Lucretia, une jeune femme mariée, bourgeoise bien sous tous rapports, qui rencontre d’Eurialus, un membre de la suite de du duc d’Autriche Sigismond, de passage à Sienne. Les deux jeunes gens se voient, tombent amoureux sans oser l’avouer, et finissent par se déclarer leur flamme. Grâce aux bonnes œuvres d’un entremetteur, un vieillard allemand du nom de Sosias, les deux amants parviennent à se transmettre des lettres d’amour. Malheureusement, la délégation autrichienne doit repartir, et les deux amants sont séparés : Lucretia retourne à sa vie d’épouse auprès de son mari jaloux, et Eurialus à sa vie de cour en Allemagne.

Il s’agit du Conte des deux amants, écrit par Eneas Silvio Piccolomini, qui devient pape sous le nom de Pie II en 1447. Dans sa jeunesse, Piccolomini s’est adonné au roman épistolaire amoureux, voire à des œuvres érotiques. Tout ceci n’est très sérieux pour un pape, me direz-vous… Mais ce n’est pas tant pour sa légèreté de mœurs que j’évoque ici les œuvres de Piccolomini, mais plutôt pour ce qu’il révèle des préjugés et des clichés qui existaient au Moyen Âge comme aujourd’hui. Vous n’aurez pas manqué de remarquer : l’amant qui pousse à l’adultère et l’entremetteur sont tous les deux allemands…

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