1473, les îles grecques face aux migrants

corfouMuslim ban, flux migratoires en Europe et réfugiés délogés à Paris… et si on se penchait sur une crise des migrants à Corfou… en 1473 ?

Les îles grecques, tout comme les côtes italiennes ou espagnoles, font partie des zones d’interface de la Méditerranée. Elles servent de passage aux flux des marchandises et des hommes, dans des conditions qui dépendent beaucoup de la situation politique et économique : on n’accueille pas les migrants de la même manière en période d’abondance et en période de crise.

Or à Corfou, en 1473, c’est la crise, et les habitants se plaignent :

« Des personnes étrangères sont venues dans cette ville et dans cette île (…) et habitent ici. Ils ont pris le nom de Corfiotes, et chaque jours ils commettent mille infractions (…) Qu’ils soient condamnés à des peines corporelles, et non à des amendes (…) afin que l’on sache bien que les fidèles Corfiotes originaires de ce lieu ne mènent pas une telle vie ».

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Fillon, le canard et le lion

boccaUn peu de contexte pour comprendre le Fillon-gate : les dénonciations dans la justice, au Moyen Âge et aujourd’hui… et si les lanceurs d’alerte étaient les héritiers des Vénitiens ?

Le candidat François Fillon est en mauvaise posture : il doit répondre ces jours-ci à des accusations assez sérieuses de détournement de fond, qui impliquent sa famille… mais risquent fort d’impliquer aussi sa campagne. Tout cela parce que le Canard enchaîné a lancé des dénonciations qui ont ouvert la boîte de Pandore.

Des dénonciations ? Au XXIe siècle ? Tout cela a un fort relent de justice médiévale… Et d’ailleurs François Fillon sait s’en servir à merveille, en se présentant comme une victime de la vindicte populaire, qui attaque son honneur d’homme public.

Pourtant, si on revient aux sources, on constate que les dénonciations n’ont pas été inventées pour faire la révolution, ni pour mettre la tête des nobles sur des piques. En fait, les dénonciations servent juste à maintenir la justice.

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Trop de fonctionnaires ?

charlesviiTrop de fonctionnaires ? Ou pourquoi choisir quel secteur privatiser, c’est choisir l’État que nous voulons pour demain.

Depuis que François Fillon a été élu à la primaire des Républicains avec, entre autres, la promesse de réduire de 500 000 le nombre de fonctionnaires durant son quinquennat, la question est relancée dans les médias : y a-t-il trop de fonctionnaires en France ?  Evidemment la question n’est pas celle de la suradministration : droite comme gauche tendent même à se rejoindre sur la nécessité d’embaucher dans les secteurs de l’éducation   et de la défense. La vraie question, c’est celle du prix : pouvons-nous toujours – Français du XXIe siècle – nous permettre les services que l’Etat nous délivre depuis notre naissance ?

Trop, c’est combien ?

Entre trop et pas assez, comment savoir où placer le curseur ? On adopte souvent l’angle de la comparaison avec l’international : en effet, le nombre de fonctionnaire par habitant resterait dans la moyenne des pays de l’OCDE, tandis que ce qui pèserait vraiment sur le budget serait le poids de l’emploi public en général. Pourquoi ne pas tenter aussi une comparaison avec le passé ? Depuis quand, exactement, y a-t-il trop de fonctionnaires ?

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Singulier climat : pourquoi les climats sont passés au singulier

climatQuand la prise de conscience du changement climatique fait passer des climats qui divisent au climat qui unit…

Du 7 au 18 novembre prochain se tiendra à Marrakech la COP22. Mais un an après la signature de l’Accord de Paris, qui devait permettre d’atteindre la fin du siècle en limitant le réchauffement climatique à +2°, tous les pays signataires sont loin d’avoir ratifié le texte.

Pourtant, on est face à l’un des rares problèmes qui concerne vraiment tout le monde. D’ailleurs, le vocabulaire le dit bien : qui parle encore DES climats au pluriel ? Tout le monde a accepté le passage au singulier, et tout le monde, jusqu’à Leonardo di Caprio, s’inquiète pour LE climat. Un singulier très symbolique, puisqu’il désigne directement l’interdépendance de nos écosystèmes. Pas de planète B, pas de retour en arrière quand les transformations se seront accélérées. Et si le terme est ancien, l’idée – elle – est nouvelle.

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Économie partagée, quand les livres ont commencé à circuler

livres

L’économie partagée se développe de plus en plus pour trouver des solutions alternatives à la consommation systématique. On sait moins que le principe même de l’économie partagée trouve aussi ses racines dans les prêts de livres instaurés par les ordres mendiants notamment…

Cette semaine, j’ai eu besoin d’une pince-monseigneur. Certains de mes étudiants lisant parfois ce blog, précisons que c’était pour une activité légale. D’ailleurs, comme je suis certaine que je ne la réutiliserai jamais, j’ai décidé d’utiliser un site d’économie partagée pour l’emprunter.

Mais les règles varient énormément d’un site internet à l’autre. Faut-il s’inscrire ou pas ? Échanger ou louer ? Utiliser des euros ou les convertir en monnaie type bon-d’achat sur le site ? Dès qu’on traite de l’économie collaborative, on se trouve dans un espace foisonnant d’inventivité, mais aussi très peu régulé. Parce que ce sont des pratiques émergentes, elles cherchent encore leurs outils et leurs stratégies. Dans le passé aussi, d’autres objets ont commencé à être échangés à grande échelle alors que les générations précédentes se les prêtaient tout juste dans leurs cercles d’interconnaissance. Aujourd’hui il nous semble tout-à-fait naturel d’emprunter un livre, de l’acheter de seconde main, ou de le passer à de potentiels intéressés. Pourtant cette pratique, elle aussi, dû s’inventer.

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