Les saints, des stars médiévales ?

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Hier s’est ouvert le festival de Cannes ! Et sur ces stars qui peuplent la croisette plane peut-être l’ombre des saints médiévaux…

Des stars foulent en ce moment le tapis rouge à Cannes. Le phénomène est étrange : des fans en délire, des flashs de paparazzi qui crépitent, une retransmission mondiale… Certains groupes de personnes, voire une société toute entière, se mettent à aduler une personne, non pas tant pour elle-même, mais pour ses créations, son image. Pour les plus grandes stars, ce qu’elles dégagent parvient à déplacer les foules, à travers une communication soigneusement orchestrée.

Antoine Lilti, historien moderniste, a montré que la célébrité était un phénomène largement inventé au XVIIIe siècle. On commence à suivre les hommes célèbres, on s’intéresse à leur vie privée, des rumeurs contribuent à leur renommée. Voltaire est parmi le premier à bénéficier puis à faire les frais d’une société du spectacle naissante qui s’affranchit de la distinction entre privé et public. Si la célébrité et le système des fans sont assez étrangers au Moyen Âge, on peut néanmoins trouver des échos médiévaux à ces phénomènes de passion pour un personnage et ce qu’il représente.

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Femmes de sciences

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La science, c’est féminin… même si les scientifiques sont souvent des hommes ! Et au Moyen Âge, quelle place pour les femmes de sciences ?

La sortie du film Les figures de l’ombre a mis sur le devant de la scène le rôle de femmes, noires qui plus est, dans le développement des programmes spatiaux de la NASA. Ces personnes subissaient alors un double handicap : noires, elles ne pouvaient pas accéder aux postes de responsabilité réservés aux blancs dans une Amérique ségréguée ; femmes, elles étaient considérées comme moins intelligentes, moins douées en science que les hommes.

Le Moyen Âge ne pensait pas l’aptitude aux sciences en termes de race : les savants arabes ont été abondamment utilisés par les universitaires, que ce soit pour comprendre Aristote, pour la médecine… Les femmes en revanche ont une place bien plus discrète dans le développement de la science. Les universités sont pendant longtemps réservées aux clercs, donc par définition fermées aux femmes. L’instruction de celles-ci se fait dans un cadre privé, même si elles sont bien plus nombreuses à savoir lire, écrire et compter qu’on ne l’a longtemps dit. Toujours est-il que ne gravissant pas les échelons universitaires, elles sont rares à acquérir des compétences pointues en philosophie, en rhétorique, en mathématiques, ou en théologie, qui est la science-reine du Moyen Âge.

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Des sceaux au poil

Dagobert.jpgÀ l’occasion de la belle exposition au Musée de Cluny sur les Mérovingiens, pourquoi ne pas s’intéresser aux façons très… personnelles de signer chez ces rois chevelus ?

Signer des documents est un acte de la vie quotidienne qui s’est même considérablement facilité ces derniers temps. Ainsi, pour signer mon contrat de travail, le service des ressources humaines m’a envoyé le pdf que j’ai pu signer sur mon ordinateur avant de leur renvoyer. Rien de plus facile : à vrai dire, même quelqu’un d’autre que moi aurait pu le faire, ce qui pose quand même la question de la validité des signatures électroniques. Mais les signatures manuscrites sont-elles vraiment plus fiables ? Après tout, pour des documents où personne n’ira vérifier, rien n’est plus simple que de forger une fausse signature à base de trois traits et deux gribouillis…

Les choses étaient autrement plus compliquées pour les documents médiévaux. Un contrat passé entre deux personnes devait ainsi systématiquement être conclu devant témoin ; à partir du XIIIe siècle apparaissent des professionnels de validation de tels documents : ce sont les notaires. C’est le début des procédures administratives compliquées et de la mise par écrit d’innombrables actes du quotidien. Mais même avant cette époque les gens ne plaisantaient pas avec la validité d’un écrit, qui a toujours une valeur sacrée.

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Je jure devant Dieu

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Quelle place pour le serment dans nos sociétés contemporaines ? De l’empereur médiéval à Trump, petit voyage en terre de promesses…

Demain, le 20 janvier 2017, le nouveau président des États-Unis va officiellement prendre ses fonctions. Durant cet Inauguration Day, le président élu prête serment et est investi de la totalité de ses pouvoirs. Ce rituel bien huilé s’accomplit tout en fanfare puisque l’hymne national est interprété par un ou une star de la chanson au cours de célébrations qui durent pas moins de dix jours au total.

Mais, il faut bien l’avouer, le moment que tout le monde retient, que les caméras du monde entier enregistrent, c’est bien le serment : « I do solemnly swear… ».

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Les invasions (des clichés) barbares

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Retour sur le rôle et le fonctionnement des préjugés nationaux…

C’est l’histoire de Lucretia, une jeune femme mariée, bourgeoise bien sous tous rapports, qui rencontre d’Eurialus, un membre de la suite de du duc d’Autriche Sigismond, de passage à Sienne. Les deux jeunes gens se voient, tombent amoureux sans oser l’avouer, et finissent par se déclarer leur flamme. Grâce aux bonnes œuvres d’un entremetteur, un vieillard allemand du nom de Sosias, les deux amants parviennent à se transmettre des lettres d’amour. Malheureusement, la délégation autrichienne doit repartir, et les deux amants sont séparés : Lucretia retourne à sa vie d’épouse auprès de son mari jaloux, et Eurialus à sa vie de cour en Allemagne.

Il s’agit du Conte des deux amants, écrit par Eneas Silvio Piccolomini, qui devient pape sous le nom de Pie II en 1447. Dans sa jeunesse, Piccolomini s’est adonné au roman épistolaire amoureux, voire à des œuvres érotiques. Tout ceci n’est très sérieux pour un pape, me direz-vous… Mais ce n’est pas tant pour sa légèreté de mœurs que j’évoque ici les œuvres de Piccolomini, mais plutôt pour ce qu’il révèle des préjugés et des clichés qui existaient au Moyen Âge comme aujourd’hui. Vous n’aurez pas manqué de remarquer : l’amant qui pousse à l’adultère et l’entremetteur sont tous les deux allemands…

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