Plongée au Moyen Âge

Il y a quelques mois, toute l’équipe d’Actuel Moyen Âge a sorti un nouveau livre où on retrouve pêle-mêle des rois conscients des problèmes de la pêche à outrance, des éléphants offerts par des Califes à l’empereur mais mangés par des sujets révoltés, des hommes d’Église qui vérifient que personne ne se fait de piercing, et d’autres histoires médiévales pas si connues. Pourquoi ce livre ? D’abord parce que raconter des histoires, autant l’avouer franchement, c’est notre passion. Et aussi parce qu’à travers tous ces hommes et ces femmes qui rêvent, voyagent, écrivent, se battent et s’aiment, on finit par percevoir une histoire plus large, celle de groupes humains qui s’organisent et s’adaptent aux enjeux de leur époque, bref une histoire qui continue jusqu’à nous. Et pour ouvrir cette plongée au Moyen Âge, on vous a choisi une image de choix : celle… eh bien d’une plongée justement.

Scaphandre mania

Ceux d’entre vous qui sont fans d’histoire ont peut-être croisé cette image dans d’excellents blogs de diffusion. Ici, les médiévistes ne trichent pas : alors que le scaphandre est bien une invention du XVIIIe siècle, cette aquarelle date de… 1459. C’est l’œuvre d’un maître d’armes allemand, appelé Hans Talhoffer. (Et hop, point pour le Moyen Âge dans la course aux inventions !)

Évidemment, les inventions vont toujours être associées à une date et un nom, mais compter les points n’a pas forcément de sens puisqu’en fouillant un peu on constate toujours que les bonnes idées germent dans différents cerveaux, souvent en même temps. Par exemple, cette histoire de scaphandre a l’air d’en travailler plus d’un à la croisée entre le XVe et le XVIe siècles. Parmi eux il y a des génies connus pour leur talent unique, comme Léonard de Vinci, qui n’a que sept ans lorsque Hans Talhofer dessine son scaphandre, mais qui va bientôt imaginer le sien au milieu de ses croquis, un peu plus technologique d’ailleurs, parce que relié à une machine respiratoire.

Gravure de Hans Knapp dans l’Edition de 1511 de Végèce.

Et puis on trouve aussi des illustrations nées de l’imagination de graveurs moins connus, occupés à rééditer des textes anciens. Hans Knapp, par exemple, qui reprend en 1511 un traité militaire romain mais modernise les images.

Peinture du XVIe siècle représentant Alexandre le Grand en pleine expérience de plongée.

Tubas, machines respiratoires et poches à air : tout est bon pour tenter l’aventure sous-marine. Décidément, au XVe siècle, on est bien loin des rêves du Moyen Âge central, qui imaginait des sous-marins plus ou moins merveilleux, faits par exemple d’un tonneau de verre, qui aurait permis au légendaire Alexandre le Grand de conquérir le royaume des profondeurs.

Car si l’idée d’un scaphandre germe à la fois dans plusieurs têtes et se précise autant au XVe siècle, c’est pour un usage bien précis : la guerre.

Grandes et petites histoires

En effet, à partir du XVe siècle, l’Europe connaît une série de guerres, qui sans être forcément plus nombreuses qu’à la période précédente deviennent plus violentes, plus meurtrières, exigent des mobilisations plus larges et des machineries de plus en plus perfectionnées. Pendant la guerre de Cent Ans l’Angleterre et la France se déchirent, puis dès la fin du XVe siècle les armées françaises, rendues plus efficaces par toute une série d’inventions techniques ou sociales, dont par exemple l’armée permanente, passent les Alpes et se lancent dans les guerres d’Italie. Au même moment, à l’est, les Ottomans progressent vite dans les Balkans, envisagent aussi de mettre le pied en Italie et poussent finalement leur avantage jusqu’à Vienne.

Sans surprise, cette réalité quotidienne absorbe les ressources, transforme les sociétés et mobilise les énergies des politiques comme des savants. Ce n’est donc pas un hasard si les scaphandres de Hans Talhofer ou de Hans Knapp viennent de traités militaires écrits dans l’espace germanique : derrière le rêve des scaphandres et de la plongée sous-marine existe le rêve de couler des navires ou d’attaquer des murailles maritimes. Tout ça, finalement, est dans l’air du temps : les chevaliers tout en gardant une partie de leurs codes apprennent à s’adapter à un monde qui change.

Soldat sous-marin, gravure de Hans Knapp, édition de 1511 de Vénèce.

Bien sûr le militaire et l’innovation ne sont pas coupés l’un de l’autre. Dans notre histoire proche, de très nombreuses inventions ont été développées avec de faramineux budgets justement en période de guerre, de l’énergie atomique jusqu’à internet, pour avoir ensuite d’impressionnantes retombées civiles et transformer radicalement les sociétés. D’ailleurs, les hommes de cette époque en ont bien conscience, puisqu’ils ne séparent jamais étanchément ces domaines. Léonard de Vinci, qui en 1482 a désormais 30 ans, se fait engager par le duc de Milan comme ingénieur militaire et responsable des fêtes. Car faire de gros canons qui n’explosent pas avec la poudre, ou des feux d’artifice raffinés pour les mariages exige des compétences assez similaires.

Finalement, la grande histoire, celle des batailles, des guerres et des évolutions politiques, ne prend sens que si on y mêle la petite, celle des fêtes dans les jardins de Milan, des inventions loufoques sur les pages d’un manuscrit, ou des aventures à moitié rêvées en eau profonde. Que vous aimiez les unes ou les autres, plongez avec nous dans Actuel Moyen Âge 2. L’aventure continue !

Si cet article vous a plu, retrouvez-en d’autres dans notre livre !

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