Chats alors au Moyen Âge

Avant de devenir l’un des animaux familiers préférés des Français, le chat avait déjà une sacrée réputation au Moyen Âge ! En cette journée internationale du chat, redécouvrons celui qui peuple les manuscrits d’hier et inspire les lolcats d’aujourd’hui…

Quand le chat n’est pas là, les souris dansent

Ou, comme on dit à l’époque : « Où chat n’est, souris s’y révèle » ! Les félins sont en effet des alliés précieux contre l’invasion des rongeurs. Les recueils d’étymologies insistent d’ailleurs sur leurs talents de chasseur : pour Isidore de Séville (VIIe s.) et Barthélémy l’Anglais (XIIIe s.), le nom du chat (« murilegus » ou « musio » en latin) renvoie à la souris (« mus »). Quant au mot que les gens du peuple utilisent, « cattus », il viendrait de « captare », « attraper ». Plus ou moins fantaisistes, ces étymologies montrent que le chat est considéré avant tout comme l’ennemi des souris : c’est d’ailleurs souvent à leur poursuite qu’on le représente !

Tom et Jerry médiévaux. Paris, Bibliothèque Mazarine, ms. 0013, f. 267v. Source Gallica/BnF

Présent chez les seigneurs comme dans les maisons plus modestes, le chat est aussi le compagnon privilégié des moines. Un copiste irlandais anonyme du VIIIe ou IXe siècle nous a d’ailleurs laissé un poème dédié à son chat, Pangur Bán :

« Pangur Bán, mon chat, et moi / Partageons les mêmes exploits :

Son bonheur est de chasser les souris, / Moi, je chasse les mots chaque nuit… »

Traces de pattes de chat sur un manuscrit du XVe siècle, Archives de Dubrovnik. Photo Emir O. Filipovic.

La présence féline protège les livres des dégâts causés par les rongeurs, mais le copiste n’est pas à l’abri d’une mauvaise surprise. Si vous avez un chat, il a probablement déjà bondi sur votre clavier d’ordinateur, en quête d’attention. Eh bien leurs ancêtres avaient déjà de fâcheuses tendances. Au hasard, se promener sur des manuscrits à peine secs, voire pire

La nuit, tous les chats sont gris 

Aujourd’hui le temps sera nuageux, légères ondées l’après-midi… Bibliothèque Municipale de Lyon, Ms 6881, f. 30 r.

Atouts pour chasser, la vie nocturne du chat et sa capacité à voir de jour comme de nuit sont sources de fascination et d’angoisse. On prête toutes sortes de pouvoirs à cet animal à la fois domestique et sauvage. Selon Les Évangiles des Quenouilles, il est possible de connaître la météo en observant un chat qui fait sa toilette… Car c’est bien connu, s’il lève sa patte au-dessus de l’oreille lorsqu’il lèche son derrière, c’est signe de pluie !

D’autres croyances sont moins favorables au chat. Par exemple, selon certains théologiens, dont Alain de Lille (XIIe siècle), « cattus » a les mêmes sonorités que « cathares », ces Chrétiens dissidents considérés comme hérétiques par l’Église catholique. Coïncidence ?… Associé aux forces occultes, surtout lorsqu’il est noir, le chat est aussi l’animal favori des sorcières, et ce n’est pas Sabrina l’apprentie sorcière qui dira le contraire.

Où est Chat-rlie ? Tacuinum Sanitatis, Casanatense 4182. Source Wikipedia

On pense même que les sorcières seraient capables de se transformer en chats, et de nuire aux bébés. Une idée qu’Antonio Guaineri, médecin du XVe siècle, trouve absurde :

Les gens de chez nous les appellent striae ou zobianae, et, disent-ils, très souvent, elles prennent la forme de chats. Voici l’origine de cette croyance : cette maladie s’empare souvent des nourrissons, et les fait alors suffoquer. C’est parce qu’il ignore la cause de cette maladie que le peuple pense que les vieilles femmes, ces zobianae, en sont responsables.

Dans le domaine médical, le chat fait partie, comme d’autres animaux, de la pharmacopée. Sa moelle est notamment réputée pour traiter la paralysie. Mais tous les auteurs s’accordent sur la nocivité de la cervelle de chat, qui rend dément et peut provoquer la mort. Un remède de Pietro d’Abano (XIIIe s.) implique notamment d’avaler de la terre sigillée (sorte d’argile), de vomir, et de boire du vin blanc pulvérisé de musc. Miam !

Une vie de chat

Chat devant une baratte de beurre. Beinecke Library, MS 404, f. 148 r.

Malgré tout, comme aujourd’hui, les propriétaires de chats ont bien du mal à résister à ces adorables boules de poils. On présente les chats sous un jour charmant et leur caractère impertinent fait sourire, qu’on les surprenne en train de chiper du lait ou du beurre.

Dans le Roman de Renart, Tibert le chat, capable des pires ruses, est aussi montré en train de se prélasser au soleil, ou de jouer avec sa queue :

[Renart] voit Tibert qui s’amuse
tout seul, sans compagnie :
il va en jouant avec sa queue,
et en tournant autour de lui-même.

Mais le meilleur exemple reste sans doute celui du prophète Muhammad. Une légende raconte qu’il était très attaché à sa chatte Muezza. Un jour qu’il devait se rendre à la prière, il préféra couper la manche de son vêtement plutôt que de réveiller sa chatte, endormie dessus… Face à ce sacrifice, Muezza fit le gros dos, et d’une caresse, le prophète lui donna, à elle et à ses congénères, la faculté de toujours retomber sur leurs pattes.

Chat et son maître. Cambridge, Trinity College Library, MS B. 11. 22, fol. 38r.

Adulé ou détesté, le chat médiéval fit l’objet de nombreuses croyances qui perdurent encore aujourd’hui. Tour à tour accusé d’être cruel ou indifférent à l’amour que lui porte son maître, il amusait déjà la galerie, ce qui le destinait à une longue carrière sur Internet.

Pour en savoir plus :

  • Kathleen Walker-Meikle, Chats du Moyen Âge, (trad. Laurent Bury), Paris, Les Belles Lettres, 2015.
  • Laurence Bobis, Le chat. Histoire et légendes, Paris, Fayard, 2000.
  • Ead., Une histoire du chat, de l’Antiquité à nos jours, Paris, Fayard, 2006.
  • Gaston Duchet-Suchaux et Michel Pastoureau, Le bestiaire du Moyen Âge, Paris, Le Léopard d’Or, 2002.

Si cet article vous a plu, vous pouvez nous soutenir sur Tipeee !

Publicités

5 réflexions sur “Chats alors au Moyen Âge

  1. Bonjour à tous,
    Merci de redonner le goût de l’histoire en creusant des sujets divers à l’apparence légère.
    S’ils sont issus du Moyen Âge, ils interpelleront l’homme d’aujourd’hui qui diffère si peu de ses aïeux en humanité.
    Bonne continuation.
    Luc

    J'aime

  2. Bonjour,

    Suite à la lecture de votre article, je me suis procuré le livre « l’évangile des quenouilles » et je l’ai lu.
    Bien sûr ce fût passionnant, mais plusieurs questions sont restés sans réponses, puisque dans mon entourage (bien que plutôt avertis), personne ne connaît ce livre.

    Accepteriez-vous d’en discuter ?

    Bien cordialement,

    Tom Foutel.

    J'aime

    1. Bonsoir,
      Je peux tenter de répondre à vos questions, bien que n’étant pas spécialiste de ce texte ! Dans tous les cas, merci pour votre retour !

      J'aime

      1. Bonjour,

        Merci pour votre réponse, et désolé d’avoir pris une semaine, pour me rendre compte que vous m’aviez répondu (je pensais recevoir une avertissement par mail, bref).

        Si je ne me trompe pas, il s’agit d’un livre qui a pour but de valoriser les vertus des femmes, et leurs connaissances de la vie (pour faire simple) c’est du moins ce qui est expliqué dans l’intro de l’auteur, qui semble être en faveur de celles-ci. En tout cas il les défends au début.
        A la fin, à la conclusion du livre, le dernier jour donc, il dit ne pas bien comprendre à quoi sert tous ce qui a été dit pendant la semaine par ces dames, il trouve ça même un peut débile (en gros). Donc première question, savez-vous pourquoi il y a un tel décalage entre le début et la fin?…

        Merci pour le temps que vous prendrez à répondre en tout cas,

        Bonne soirée,

        Tom

        J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s