Les microbes contre-attaquent : de la peste au permafrost

Depuis quelques étés, la montée annuelle des températures est l’occasion d’observer le dégel du permafrost, cette couche de sous-sol gelée qui borde le cercle polaire. En théorie, le permafrost reste gelé toute l’année, mais avec le réchauffement climatique, des parties assez importantes sont en train de se réveiller. Et avec elles toutes sortes de gaz et de matière organique qui étaient restées piégées dans la glace. Comme par exemple, beaucoup de gaz à effet de serre, et… des paléo-virus.

 Les paléo-virus, un nom qui ferait rêver les scénaristes d’Hollywod, sont des virus du passé : on les croyait éteints, mais ils reviennent lorsque des cadavres d’animaux pris dans les glaces dégèlent. Des cadavres de rennes, mais aussi, plus récemment, des cadavres de mammouths. Ce scénario catastrophe combine donc transformation climatique et risque épidémiologique. La Peste Noire qui a frappé l’Europe en 1347 est, elle aussi, liée aux changements climatiques de la période.

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Cet article a été initialement publié dans le livre Actuel Moyen Âge publié chez Arkhê en novembre 2017.

La Peste noire : quand le climat fait circuler les virus

La peste noire est connue pour avoir balayé l’Europe au XIVe siècle. Elle frappe des sociétés qui ont connu une forte croissance démographique dans les quatre siècles précédent, et réduit en quelques décennies la population européenne du tiers, peut-être de la moitié, selon les espaces. Dans le Décaméron, Boccace dépeint des sociétés désorganisées. Certains se cloîtrent chez eux, d’autres folâtrent dans les rues et à la taverne, persuadés que rire est le meilleur remède. Pendant ce temps,

« Les gardiens et les ministres de la loi étaient tous morts, malades, ou si démunis d’auxiliaires que toute activité leur était interdite. N’importe qui avait donc licence d’agir au gré de son caprice ».

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Forcément, s’ils sont tous là…

Comme toujours les sources littéraires nous poussent à exagérer les pertes, à insister sur la catastrophe et non sur les structures qui restent en place. Et pourtant, en Occident, il faudra attendre le XVIIe siècle pour que la population redevienne aussi nombreuse qu’avant la peste.

Hors de l’Europe, le tableau n’est pas très différent : la peste est une pandémie, c’est-à-dire une épidémie planétaire. Elle atteint toute l’Eurasie ou presque, et ravage aussi bien l’Occident que la Chine des Song. Et après le premier choc, mi XIVe siècle, elle perdure dans certaines régions, réapparait par vagues, s’intensifie en été. Les estimations démographiques pour le Moyen Âge relèvent toujours un peu du jeu de devinette, les estimations démographiques mondiales encore plus. On peut pourtant donner des ordres de grandeur : en 1300 la population de l’Eurasie serait supérieure à 300 millions d’habitants, trois siècles plus tard, en 1600, on l’estime en dessous de 170 millions d’habitants. Et tout cela, à cause de la peste.

Les gerbilles mordent, la caravane passe

Mais alors, d’où vient la peste ? Historiens et climatologues ont travaillé ensemble à résoudre cette question, ils ont abouti à un scénario plausible, assez largement accepté.

Il faut partir du VIe siècle après Jésus-Christ, lors de la dernière grande peste mondiale, qu’on appelle la « peste de Justinien », du nom de l’empereur romain qui régnait à cette époque. Après des ravages dont on ne connait pas vraiment l’ampleur, la peste finit par s’éteindre à peu près partout… sauf dans une région d’Asie centrale, sans doute sur un plateau du Tibet, où ne survivent que les microbes qui touchent les gerbilles. Les gerbilles, eh oui, et pas les rats, qu’on accuse à tort ! C’est tout de suite plus mignon, n’est-ce pas ? Ces régions sont peu peuplées, animaux et humains compris, et donc la peste reste endiguée. Même au XIIIe siècle, lorsque les Mongols ont conquis une large partie de l’Asie centrale et que les caravanes se mettent en place sur la route de la soie, la peste ne pose pas de problème. À l’époque de Marco Polo, on traverse les plateaux tibétains, mais on ne s’y arrête pas assez longtemps pour que le virus passe de l’animal à l’homme.

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Soudain, tout change

Puis à l’extrême fin du XIIIe siècle et dans les premières décennies du XIVe siècle, le climat vient s’en mêler. Ces années correspondent au début du petit âge glaciaire, un refroidissement important qui touche l’Europe occidentale. Partout les phénomènes climatiques se réorganisent : moins de mousson en Asie du Sud Est, plus d’humidité et de chaleur en Asie centrale. Les gerbilles prolifèrent, puis descendent vers les plaines, et là elles croisent les caravanes. À partir de ce moment les microbes se propagent rapidement, peut-être d’abord à d’autres animaux, avant finalement de toucher l’homme. Lorsque la peste arrive sur la Mer Noire en 1347, elle se transmet désormais d’homme à homme. L’arrivée en Occident n’est qu’une des extrémités du parcours : alors que les Génois chargent quelques rats infectés sur leurs navires à Caffa, les microbes sont déjà en train de se diffuser vers la Syrie et l’Irak, en suivant prioritairement les routes marchandes.

Le scénario de la peste est donc complexe. Le climat ne joue que le rôle d’élément déclenchant.  Les nouveaux circuits d’échange à l’échelle de l’Eurasie expliquent la rapidité de la diffusion. Les formes de gestion locale et d’endiguement de la contagion entrent aussi en compte. Mais seulement de manière partielle : c’est une histoire large, dont les sociétés humaines ne sont que l’un des nombreux acteurs. C’est pourquoi on est encore loin de comprendre tous les mécanismes de la pandémie du XIVe siècle.

La seule chose qui est sûre, c’est qu’on comprend mieux la situation du XIVe siècle que les risques du XXIe siècle.

 

Pour aller plus loin :

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10 réflexions sur “Les microbes contre-attaquent : de la peste au permafrost

  1. Vos propos sont non seulement contradictoires mais également propagandistes d’une peur infondée.
    Associer l’émergence de la peste, dont vous dites qu’elle eut lieu lors du petit âge glaciaire, avec une prolifération des paléo-virus qui serait due au réchauffement climatique est insidieusement indécent et surtout incompréhensible.
    De plus, selon le NSIDC la banquise arctique cette année se reforme plus rapidement et gagne en superficie par rapport aux années faibles.
    Enfin la gerbille fait partie de la famille des muridés, tout comme le rat.

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  2. Bonjour,

    Je ne suis pas sûr de comprendre la dernière remarque : on n’a jamais dit qu’ils n’étaient pas de la même famille, simplement que le rat n’est pas le porteur originel, ni même principal, du bacille de la peste.

    Concernant la banquise, c’était en 2017, et toutes les études (y compris celle que vous citez) insistaient bien sur le fait que cette reprise était tout à fait exceptionnelle, et d’ailleurs d’une ampleur très limitée : http://huet.blog.lemonde.fr/2017/09/24/surprise-climatique-la-calotte-du-groenland-grossit-en-2017/. De toute façon on ne parlait pas de la banquise mais du permafrost… !

    Et enfin (et surtout), nous n’avons pas « associé la peste aux paléovirus », simplement rappelé que les changements climatiques, surtout quand ils sont rapides, peuvent entraîner des épidémies. Rien de plus – rien de moins…

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  3. Disons qu’effectivement il y a un paragraphe qui peut engendrer une confusion implicite. Celui qui commence par :
    « Les paléo-virus, un nom qui ferait rêver les scénaristes d’Hollywod, sont des virus du passé »
    et se termine par :
    « Hollywood en rêvait, l’histoire l’a fait : c’est ainsi qu’avait commencé la peste noire qui a frappé l’Europe en 1347. »

    Cette reprise du mot Hollywod peut créer cette confusion que vous auriez fait le lien entre « paléovirus », « réchauffement climatique » d’un côté et « peste noire », parce qu’entre les 2 vient se nicher une phrase qui sème le doute en parlant de « CE scénario » comme si c’était le même à propos du dégel des mammouths et celui de la peste noire.

    Peut-être qu’après « mammouths » il aurait mieux valu démarrer un autre § et parler d’un autre scénario dans le cadre général du lien entre changement clim/épidémie.

    De là à crier à la « propagande » et à « l’indécence insidieuse »…

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  4. Bonjour,
    Tous vos articles que vous publiez valent la peine d’être lus. Je suis conscient que vous y investissez beaucoup de travail et cela mérite le respect.
    Les commentaires ci-dessus ont quelque peu la qualité YouTube, un peu hargneux, un peu agressifs
    Georg

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  5. Tous dans le même sac ???
    Pas très flatté de voir mon commentaire assimilé en vrac à un propos de youtubeur – pour la qualité d’expression moyenne qu’on y rencontre – ou plus grave, au ton agressif du 1er commentaire !!!
    Tout le mien avait pour but justement de signifier au 1er scripteur qu’il gagnerait à relire l’article, car il mesurerait alors sûrement sa critique… et le ton agressif-accusateur qui me semble absent du mien…

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  6. Bonjour, merci des commentaires, c’est toujours utile (et ça fait plaisir de voir que les articles sont lus avec beaucoup de précision !)
    Oui, c’est vrai, l’article est « catastrophiste », dans le sens où il envisage le pire… en même temps, à 3 jours de la marche mondiale pour le climat, c’est important de faire ce qu’on peut pour que le sujet soit pris au sérieux !
    On mesure assez mal, dans les grandes villes du nord, à quel point les choses sont en train de changer. C’est sans doute utile de se rappeler que les choses peuvent aller très vite après certains seuils… Un excellent livre sur le sujet pour sortir de Hollywood : Collapse, de Jared Diamond. Il aurait même circulé récemment parmi les hautes sphères :


    On espère qu’il va faire effet !!

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