Jacques Cœur et Emmanuel Macron, de la banque au pouvoir ?

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La mobilité sociale est-elle plus forte aujourd’hui qu’au Moyen Âge ? On vous propose de regarder d’un autre œil un certain candidat à la présidentielle…

Du Moyen Âge, on retient souvent sa société d’ordres, ses cortèges, ses corporations, tout ce que Tocqueville, un penseur politique du XIXe siècle, a pu appeler les « individualismes collectifs » opposant un vaste « Ancien Régime » à un monde quelque peu nouveau, selon lui, après 1789. Pourtant, la mobilité sociale existait bel et bien ! On pouvait toujours sortir ou entrer au sein de ces ordres, de ces hiérarchies bien ordonnées. La société médiévale était un assemblage de groupes, toujours organisés, mais souvent flous et ductiles. Les sources le montrent puisque les mots des greffiers, des notaires, ou des chroniqueurs révèlent d’infinies variations de statut qui attestent de l’extraordinaire richesse et complexité de la société médiévale. Hier, comme aujourd’hui, être un transfuge social, changer de groupe ou de catégorie sociale n’est pas chose aisée, ni chose bien vue. L’ascension de Jacques Cœur, représentant d’un groupe de manieurs d’argent, qui accède par des moyens économiques à un pouvoir politique inédit, dans un contexte de crise multiforme de la société, mérite d’être rappelée…

Du pouvoir économique au pouvoir politique, il n’y a qu’un pas

L’ascension de Jacques Cœur est intéressante car ses contemporains lui ont forgé de son vivant une légende de génie du commerce et de la finance. Thomas Basin, un chroniqueur, le décrit comme un simple « homme sans culture », un fils d’un marchand pelletier de Bourges qui a grandi dans un milieu de marchands, fournisseurs de la cour du duc Jean de Berry puis du dauphin Charles, futur Charles VII en exil à Bourges. Un fils de marchand qui a cependant des relations influentes dans le domaine des finances. En 1430, il participe au financement de l’armée de Jeanne d’Arc, tandis qu’il devient en 1439 le grand argentier de Charles VII, c’est-à-dire le responsable de l’achat pour le compte du roi de toutes les fournitures d’apparat de la cour !

De l’activité économique aux affaires politiques, il n’y a souvent qu’un pas. Et les exemples contemporains de Georges Pompidou puis d’Emmanuel Macron, tous deux passés par la banque Rothschild ne semblent pas contredire cette logique. En 1446, Jacques Cœur devient ambassadeur à Gênes et auprès des papes rivaux pour résoudre le grand schisme provoqué par le concile de Bâle (1447-1449). Pour Jacques Cœur, le commerce a constitué un levier d’ascension sociale dans un contexte de convalescence mais aussi d’innovations économiques favorisées notamment par le roi de France Charles VII pendant la guerre de Cent ans.  À l’époque, l’ascension sociale profite surtout aux manieurs d’argent.

Jalousies

Mais très vite les signes extérieurs de la richesse de Jacques Cœur, notamment symboliques puisque le roi l’anoblit en 1441, provoquent une chute brutale pour crime de lèse majesté. Arrêté en 1451, condamné en 1454, il s’évade avant de trouver refuge chez le pape.

Durant ces derniers mois, Emmanuel Macron a semblé être l’objet du même type d’accusations et de jalousies. Comme l’évoquent certaines phrases de ces anciens collègues ministres : « Cela va au-delà de tout ce qu’on a connu », s’étonne Michel Sapin. « Macron, il ne faut plus rien dire -contre lui. C’est devenu le Graal. Alors, je ne dis plus rien contre lui », ironise Thierry Mandon, secrétaire d’Etat auprès de la ministre de l’éducation nationale. Les jalousies prospèrent. Au point que Manuel Valls le met en garde à l’été 2016 : « Fais attention. Tu te rends insupportable. Souviens-toi du livre d’Agatha Christie, où tout le monde porte un coup de couteau dans le noir. Il va t’arriver la même chose avec tes collègues… ».

Des ascensions aussi fulgurantes que des chutes ?

La fin du Moyen Âge connaît une période de crise économique qui se révèle être aussi une période de transformation dans de nombreux domaines. Certaines mutations telles que l’essor de la monarchie administrative ont des répercussions en termes de chute et d’ascension sociales. Des écarts de fortune se creusent parfois au profit des marchands qui, dés le début du XIVe siècle, accèdent au pouvoir municipal et entretiennent une certaine familiarité avec les princes dont ils sont les fournisseurs et parfois les officiers. Ces ascensions sociales ne sont pas bien acceptées dans une société éprise de hiérarchie, et ce d’autant plus quand cela se mêle de politique. Au XVe siècle, Jacques Cœur finit sa vie à Chypre.  Au XXe siècle, Georges Pompidou parvient à accéder au pouvoir et à devenir président sous la Ve République. Qu’adviendra-t-il du destin d’Emmanuel Macron ?

L’avenir nous le dira puisque si « à cœur vaillant, rien d’impossible », la chute peut néanmoins être aussi fulgurante que l’ascension.

Pour aller plus loin :

  • Élisabeth Crouzet-Pavan, « La Pensée médiévale sur la mobilité sociale. XIIe et XIVe siècle », dans Sandro Carocci (dir.), La mobilità sociale nel medioevo, Rome, École Française de Rome, 2010, p. 69‑89.
  • Thierry Dutour, « Jacques Cœur, ou les dimensions sociales d’une entreprise », dans Michel Vergé-Franceschi (dir.), Guerre et commerce en Méditerranée, IXe-XXe siècles, Paris, Veyrier, 1991, p. 53-65.
  • Jean-Christophe Rufin, Le grand Cœur, Paris, Gallimard, 2014.
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